ACTE IV, SCÈNE IX
Avoué, dans l'instant, nos exécrables feux.
ABUFAR
Sans craindre que le ciel, pourvousréduire en poudre...
FARHAX.
Le remords a sur nous tombé comme la foudre.
SALÉMA.
Il a mis dans mon cœur ses plus cruels tourments.
FARHAX.
Il m'accable à vos pieds.
SALÉMA , tombant à ses pieds.
Punissez vos enfants •■, Je ne mérite plus le nom de votre fille.
ABUFAR
Tu ne l'es pas.
FARHAN, avec joie.
0 ciel !
SALÉMA.
Quelle est donc ma famille?
ABUFAR , en nioiitrant Saléma. Voilà , voilà Tenfant que d'une faible main Sa mère , en expirant, a remis dans mon sein.
SALÉMA.
Quoi I je suis cet enfant? Quoi 1 pouvais-je le croire? De mes propres malheurs j'ai raconté l'histoire !
ABUFAR
Oui , mon cœur t'écoutait palpitant de plaisir ; De mes faibles bienfaits tu me faisais jouir. C'est moi qui t'ai caché au sein de ma famille. On ignora ton sort; je t'appelai ma fille. J'entendais tous les jours par une heureuse erreur Odéide et Farhan qui te nommaient leur sœur. J'aurais craint à leurs yeux que tu fusses moins chère S'ils avaient à mon sang pu te croire étrangère. II. 20
a54 ABUFAR.
Ce nom de mes enfants par tous les trois porté
Conserva parmi nous la sainte e'galité.
Quand Dieu m'appellera , je pourrai sans alarmes
Vers lui lever mes yeux remplis de douces larmes,
Finir comme mon pèrej et, dans mon dernier jour,
Ainsi qu'il m'a be'ni, vous bénir à mon tour;
Oui , vos pieuses mains fermeront ma paupière :
Voilà ce qu'en mourant m'avait prédit ta mère;
J'ai secouru l'enfance , et j'en reçois le prix.
AFarhan. A Saléma.
Vos feux sont innocents. — Je te donne mon fils.
Je ne quitterai point votre heureuse famille.
ABUFAR
Dans l'épouse d'un fils j'embrasse encor ma fille. FARHAN.
Pour vous aimer tous deux nous voilà dans vos bras. Ah ! quand je vous quittai , je ne vous fuyais pas ! J'obtiens donc sans remords une épouse si chère I Elle est pour moi le prix des vertus de mon père.
PHARASMiy.
De Pharasmin aussi vous comblez tous les vœux.
ABUFAR
Ah ! ne me quittez plus, et soyez tous heureux.
ODÉIDE.
Ah I Pharasmin !
SALÉMA.
Farhan!
ABUFAR
Vivez long- temps ensemble.
Songez que sous ma main c'est Dieu qui vous rassemble; Et que de votre amour, pour l'avoir combattu , Il fait ici pour vous le prix de la vertu ;