ACTE III
SCÉINE II.
FARHAN, SALÉMA.
[Après ce vers :
SAliEMA. — Par un charme plus doux que votre liberté! ) FARHAN.
Ma sœur, tu vois d'ici les tombeaux de nos pères,
24o VARIANTES.
Où iu pleuras souvent sur des cendres si chères : Ta vois ces froids cercueils , ce séjour du repos Où vont de nos désirs se briser tous les flots ; Ce port de la vertu que le malheur implore : Qu'à l'instant sous tes yeux le trépas me dévore , Si l'amour ou l'hymen, quels que soient ses attraits , Par le moindre serment peut m'enchaîner jamais?
SALÉMA, cachant sa joie.
Je vous crois. Mais d'où vient que vos yeux pleins de larmes A fixer ces tombeaux semblent trouver des charmes? Est-ce à vous , libre, errant, fougueux dans vos désirs, A goûter comme moi ces funestes plaisirs? Cette douleur, hélas! peut-elle être la vôtre?
FARHAJ!^.
Les extrêmes, ma sœur, sont bien près l'un de l'autre.
SALÉMA.
Vous allez être encor loin de nous entraîné?
FARHAN.
Mon sort , en tous les lieux , est d'être infortuné.
SALÉMA.
Infortuné ! comment?
FARHAN.
Crois-moi , dans leur furie .
Les cœurs les plus ardents ont leur mélancolie. Dans un songe pénible , abusés par leurs vœux, Ils traînent l'impuissance et l'espoir d'être heureux. Leur obstacle au bonheur, c'est leur vertu peut-être. Ce n'est que pour souffrir que le ciel les fit naître î Leur sensibilité les trouble et les détruit. Emportés par l'attrait d'un bonheur qui s'enfuit , Ils embellissent trop une image si chère. Ce qu'ils aiment s'échappe ou n'est point sur la terre. La terre sous leurs pas fait germer to«s les maux. Ah ! nos pasteurs errants , suivis de leurs troupeaux ,
De déserts en déserts parcourent l Arabie-, De douleurs en douleurs je traverse la vie.
SALÉMA.
Farhan ! mon cher Farhan !
FARHAN.
Oh ! que dès mon berceau N'ai-je suivi ma mère au fond de son tombeau !
SALÉMA.
Comme une fleur, hélas! je la vis disparaître.
FARHAN.
Comme une fleur, hélas ! tu vas tomber peut-être.
SALÉMA.
Tu me regretterais ! Tu m'aimes donc?
FARHAN.
0 cieux !
Si je t'aime I
SALÉMA.
Des pleurs obscurcissent tes yeux.