‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 465 sur 489 · II 2D · texte numérisé non relu

II 2D

Songez...

OEDIPE

Je prévois leurs misères :

L'orgueil aura bientôt divisé les deux frères. Je l'ai prédit!

ANTIGONE

Perdez ce fatal souvenir.

OEDIPE

Le ciel ne peut manquer un jour de les punir.

ANTIGONE

Peut-être.

OEDIPE

Oui, tu verras le fougueux Polynice De mon sort quelque jour envier le supplice.

ANTIGONE

Thésée ici bientôt va vous tendre les bras.

OEDIPE

Crois-tu qu'à mon aspect il ne frémira pas !

ANTIGONIS.

Tant que nous respirons , le ciel à nos alarmes

D'un bonheur , quel qu'il soit , laisse entrevoiries charmes.

Ne me dérobez pas l'espoir que j'en conçoi.

OEDIPE

Je ne te blâme point, j'ai pensé comme toi.

D'être heureux, en naissant, l'homme apporte l'envie:

Mais il n'est point , crois-moi , de bonheur dans la vie.

11 lui faut , d'âge en âge , en changeant de malheur,

Payer le long tribut qu'il doit à la douleur.

Ses premiers jours peut-être ont pour lui quelques charmes ;

Mais qu'il connaît bientôt l'infortune et les larmes 1

Il meurt dès qu'il respire , il se plaint au berceau :

Tout gémit sur la terre, et tout marche au tombeau.

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