‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 468 sur 489 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

ANTIGONE

Mon père!

OEDIPE

Tout s'ébranle à mon funeste nom.

ANTIGONE

Mon père , écoutez-moi I

Cythéron ! Cythéron !

AXTIGONE.

Dissipez vos terreurs, sortez de ce supplice. SouflFrez...

OEDIPE

Retire-toi , malheureux Polynice !

Viens-tu dans ces déserts , par un forfait nouveau , Pour m'en fermer l'accès , t'asseoir sur mon tombeau Viens-tu me disputer un repos que j'implore, Et forcer ma vengeance à te maudire encore?

ANTIGOXE.

C'est Antigone, hélas ! qui vous embrasse ici.

OEDIPE

Les cruels!... On m'entraîne... Et toi, ma fille aussi. Tu braves mes sanglots , tu braves mes prières ; Tu te joins contre OEdipe à tes barbares frères I Après tant de bienfaits , après tant de secours , Tu t'es lassée enfin de consoler mes jours! Vois"mon triste abandon, mes pleurs, ma solitude: Le plus grand de mes maux est ton ingratitude.

ANTIGONE

Connaissez mieux mon cœur, ma tendresse, ma foi. Je vous tiens dans mes bras -, détrompez- vous.

OEDIPE

C'est loi!

Laisse-moi m'assurer, en t'y pressant moi-même , Que je n'ai pas perdu l'unique objet que j'aime.

C'est moi , qui vous chéris ; c'est moi , qui vis pour vous.

OEDIPE

Ah! je me sens calmer par des accents si doux. 0 consolante voix ! nature I ô tendres charmes ! Que je puisse à loisir t'arroser de mes larmes 1

ANTIGONE

Et moi , mon père, et moi, pour calmer vos douleurs. Que je puisse à mon tour vous baigner de mes pleurs î

OEDIPE

Oui , tu seras un jour, chez la race nouvelle , De l'amour filial le plus parfait modèle. Tant qu'il existera des pères malheureux , Ton nom consolateur sera sacré pour eux; Il peindra la vertu , la pitié douce et tendre •, Jamais sans tressaillir ils ne pourront l'entendre.

ANTIGONE

Comment le ciel si juste a-t-il pu vous livrer Aux douleurs dont l'excès vient de vous déchirer?

OEDIPE

N'accusons point des dieux la justice suprême.

Quels que soient nos destins , elle est toujours la même.

Leurs secrètes faveurs , tes généreux bienfaits ,

Ont souvent surpassé tous les maux qu'ils m'ont faits.

Vous me voyez gémir sous la main qui m'immole-,

Mais vous n'entendez pas la voix qui me console.

Qui sait , lorsque le sort nous frappe de ses coups , .

Si le plus grand malheur n'est pas un bien pour nous?

Hélas! de l'avenir vains juges que nous sommes,

Ignorer et souffrir, voilà le sort des hommes.

Nous errons avec crainte et dans l'obscurité

Sous l'astre impérieux de la fatalité.

Tout trahit nos projets , tout sert à les confondre.

De nos vœux seulement nous pouvons-nous répondre ?

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