‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 80 sur 489 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

JULIETTE

Ah , ciell

ROMÉO

Veux-tu ma mort?

JULIETTE

Je veux... Ciuel!

ROMÉO

Prononce.

En mettant la main sur son épée.

Tu n'as qu'à dire un mot, et voilà ma réponse.

JULIETTE

Qu'as-tu fait , malheureux !

ROMÉO

L'avais-je pu prévoir?

Mon père allait périr, j'ai rempli mon devoir. De son péril pressant l'image inattendue A troublé dans mon sein la nature éperdue. J'ai couru , j'ai frappé. Céder à mon amour, C'était ôter la vie à qui je dois le jour. Je suis envers tes feux un ingrat , un perfide , Mais je n'ai pas été du moins un parricide. Chargé d'un tel forfait , à moi-même odieux , J'aurais cru t'ofFenser de paraître à tes yeux. J'ai pris d'un Montaigu le féroce courage ; Du sang des Capulets prends à ton tour la rage. Ton père doit rentrer enflammé de courroux j Je vais m'oftrir sans arme au-devant de ses coups. Je mettrai dans ses mains , soumis et sans défense , Ce fer souillé d'un sang qui lui crîra vengeance , Et je mourrai content , si le mien dans ces lieux Calme au moins les regrets en coulant sous tes yeux. JULIETTE.

Garde-toi d'écouter cette farouche envie I

Ah, barbare ! et c'est moi qui tremble pour ta vie!

Quel attrait toul-puissant me force , en mon malheur , A chercher dans toi seul un charme à ma douleur? Pardonne» p mon.çher frère! à ma çlQuleyr. extrême. Tu connus notre amour, tu l'approuvas toi-même. Que dis-je? ah! sans frémir peux-tu me voir, hélas! A qui perça ton flanc pardonner ton trépas? Roméo , par ce ciel , par ton bras que j'implore , Punis -moi du forfait de t'adorer encore. Arrache-moi la vie, ou sauve à mon devoir Le coupable plaisir que je prends à te voir. Adieu, séj^aronsj;£pjuSjJ\'atijg cu3;S. pas qufi iuûû père Soit instruit dansjjuel^ang^i] doit venger mon frère. Il en est temps encore, échappe à son courroux •, Va j mets les flots, les mers, mets le monde entre nous. Sois sûr qu'en quelques lieux où le destin te jette, Tu vivras à jamais au cœur de Juliette -, Va , mes feux te suivront , j'en atteste l'amour , Partout où tu verras la lumière du jour. N'attends pas qu'à mes yeux elle te soit ravie, je t'accorde ta fîrâce, accorde-moi ta vie. Que ce soit là le prix, ce n'est pas trgpjour moi^ De ce frère immolé que j'ai perdu par toi.

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