SCÈNE I
FERDINAjN'D, CAPULET.
FERDINAND
Je suis loin, Capulet , de condamner vos larmes. Oui, la raison d'abord nous prête en vain ses armes; On est homme , on gémit. Mais enfin vos douleurs Ne se guériront point par de nouveaux malheurs. Craignez qu'en expirant votre fille rebelle jN'éteigne une maison qui peut revivre en elle. Pardonnez, croyez-moi.
CAPULET
Prince , que diles-vous ?
Mon fils...
• FERDINAND
Par nos regrets le ranimerons-nous ?
Roméo vous est cher; sa vertu , sa vaillance , Votre bonté surtout vous parle en sa défense. Ajoutez , s'il le faut , que moi-même aujourd'hui. Cherchant à vous fléchir, j'ai supplié pour lui. J'honore dans vos pleurs l'amilié paternelle; Mais si, pour adoucir votre perte cruelle. Les plus nobles emplois, les rangs, les dignités, Si ma reconnaissance...
Ah 1 seigneur, arrêtez.
FERDINAND
Laissez-moi, comme vous, sentir votre infortune: Notre sort est d'être homme, il nous la rend commune. Ne croyez pas pourtant qu'à gdmir destiné, Vous soyez seul à plaindre et seul infortuné. Combien de fois mes yeux ont répandu des larmes ! Je n'entrevois partout que des sujets d'alarmes. Par le duc de Mantoue en secret excités , Mes sujets contre moi sont presque révoltés. Ce parti veut ma perte : il espère en silence Que, vos maisons bientôt rallumant leur vengeance, Capulets, Montaigus, l'un par l'autre immolés, Portant l'effroi , la mort sur nos boi*ds désolés, Il détruira sans peine, en ce désordre extrême. Un état divisé, déchiré par lui-même.
Éteignez à jamais les flambeaux détestés Qu'entre vos deux maisons la discorde a jetés. Montaigu n'a qu'un fils, il vous reste une fille : Si l'hymen unissait l'une et l'autre famille ! C'est la patrie en pleurs qui vous prie à geiioux; Elle emprunte ma voix : la repousserez- vous? Ne croyez pas par là ternir votre mémoire : Cet effort de vertu comblera votre gloire ; • On dira quelque jour : « Capulet outragé « Volait à sa vengeance, et ne s'est point vengé. « Il sut à son devoir immoler sa furie, « Il exauça son prince , il sauva sa patrie*, « L'intérêt de l'état fut sa suprême loi. » CAPULET.
Ainsi donc Montaigu va l'emporter sur moi !
FERDINAND
Le triomphe est pour vous. Ah ! loin d'être inflexible, Lui-même à vos douleurs il s'est montré sensible. En retrouvant un fils, les plus doux mouvements