‹ OEuvres (volume 3)Chapitre 31 sur 97 · A MON CAVEAU · texte numérisé non relu

A MON CAVEAU

Dans ce caveau frais et joli , Où, sans me vanter, je vous range, Tous les ans, après la vendange, Mes vingt feuillettes d'im Marli

Que je bois toujours sans mélange, O mon vin, prête-moi tes feux !

Je vais entonner ta louange.

Il nous faut un prodige étrange .

Enivre-moi si tu le peux.

Parfois plus d'un auteur fameux Vit bJanciiir et fumer son verre Des flots d'un Champagne écumeux Qui s'irritait dans la fougère ; Et soudain buvant sa colère, Lui dut les traits les plus heureux.

Que de fois ta verve légère , Aï, dans des soupers brillans , En mille éclairs étincelans Fit jaillir l'esprit de Voltaire !

Ta sève agitant les cerveaux , Rompant ses fers, Bacchante aimable, Autour de lui tombait à table, En torrens de mousse adorable , De ris, de verve et de bons mots.

Corneille, au front mâle et sévère, Français avec un cœur romain , Grâce au Beaune , grâce au Madère .

Se mettait quelquefois en train.

Ce bonhomme, sa coupe en main , Creusait plus d'un grand caractère, Et terrible , au fond de son sein , Comme en un volcan toujours plein-,

POÉSLES DIVERSES.

Jilntentlait gronder son tonnerre.

Je crois que nos vins de INIarli

Ne lauraient pas si bien servi.

Sur ce point-là je me résigne.

Ah ! le Parnasse a des coteaux ,

Des bosquets , des fleurs , des ruisseaux ,

Et pas un seul arpent de vigne.

Quel oubli ! le Bacchus gaulois

Versa tous ses dons à-la-fois

Sur la Champagne et la Bourgogne.

Mais je bois sans être jaloux ,

Je bois rondement, sans courroux,

Et. sans que mon front se renfrogne,

Nos vins d'Auteuil et de Saiut-Clou,

Et de Nanterre et de Chatou ,

Et le Surène et le Boulogne ,

Que Dieu fait croître auprès de nous :

Le même bois les produit tous.

L'important , disait feu Grégoire

En parlant du vin, c'est de boire.

Qu il soit veillé, fait au logis,

Bien cuvé, clair comme un rubis;

Que grain à grain on vous l'égrappe ;

Bu sans eau , notez bien ceci ,

Je vous réponds d'un vin qui tape

Autant au moins que vin du Pape,

Fût-il ou de Garche ou d'issi.

Maître Adam pensait bien ainsi

Lorsqu'à Nevers, dans son délire, Il célébrait, sous son caveau , Son vin d'Arbois, vieux ou nouveau.

En vers qu'il dédai{;nait d'écrire, Mais qui , sortis de son tonneau , Sans rabot, sans maillet, sans lime, Opulens de verve et de rime, Montaient fumans à son ceryeau.

Vin fécond, quel est ton empire!

Vin charmant, tu n'as qu'à sourire.

Le triste amant est consolé.

Sur les maux que me fit Isméne, Ton nectar à peine eut coulé , Que je voyais, moins désolé.

Se perdre dans ton jus perlé Les rigueurs de mon inhumaine.

Que le Falerue chez Mécène D'Horace égayait les festins !

C'est là, content de ses destins, Qu'il oubHait, dans son ivresse.

Et tous les torts de sa maîtresse , Et les vers de tous les Cotins.

Des Grâces le poëte antique , Sur sa lyre anacréontique Chantait, au déclin de ses jours :

•' O vins enchanteurs de la Grèce ! « Soyez pour moi, pour ma vieillesse, " Encor plus chers que mes amours ! »

POÉSIES DIVERSES. 2fy

Lorsque Rabelais en folie , La joie et le ris dans les yeux , D esprit, d'ivresse radieux , Plongeait sa raison dans l'orgie , Ce n'était point, je le paiic, En lui versant du vin de Brie, C'était à coups de Condrieux.

Et quand notre bon La Fontaine , Sans bruit, dans un vin fortuné, Vous avait pris son Ilippocrène, Vieil cnfiint, sans soins et sans peine. Comme il dormait après diné!

Mais quel est , tenant une lyre , Ce mortel que Saint-Maur admire, Dont mon œil d'abord est cliarmé?

C'est Chaulieu, ce convive aimable.

Pour les fleurs, le somnleil, la table, Les beaux vers, les belles formé; Chaulieu, des Grâces tant aimé, Prônant le plaisir par l'exemple, S'enivrant, aux banquets du Temple, D'un vin par le temps parfumé.

Amant léger, mais ami rare, Du tendre et délicat La Pare, S'il apprit à sentir l'amour, A La Fare il apprend à boire Entre les Muses et la gloire, Entre les ris et la victoire.

Vénus, Vendôme et Liixenibourg.

Le dur Caton buvait dans r.ome ; Chapelle au vin donnait la pomme:

Piron buvait, et l'on sait comme; Boileau buvait; je bois aussi , Car j\ii toujours, en honnête homme, Honoré le vin, Dieu merci.

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