SCÈNE IL
Permet qu^aujourd^hui je mUnstalle.
Sa générosité ne fait point un ingrat.
Animés d'une ardeur égale , Mes camarades vont répondre à ses bienfaits 9 Et nous acquitterons le loyer en sucèès.
DERCOVR.
C'est fort bien fait de reconnaître...
Mais la salle pour vous est trop grande...
LE DIRECTEUR
Oui , peut-être , Peut-être aussi trop belle ; et nos faibles talens Avec désavantage y pourront bien paraître ;
Comme un tableau, qui n'est pas d'un bon maître , Redoute avec raison les cadres trop brillans. Mais le travail amène enfin la réussite.
Cette salle est trop grande à présent; par la suite,
Pour des spectateurs bienveillans, Si chez nous, chaque soir, le plaisir les invite , Kous pourrons , que sait-on ? la rendre trop petite. Mous l'espérons du moins.
BERCOUR.
£h ! mais , mon pauvre ami , Cette salle si belle est dans ce quartier-ci... Le faubourg Saint-Germain...
LE DIRECTEUR
Voilà ce qu'on répète !
Et cette objection m'a vingt fois été faite.
Le faubourg Saint-Gennain est-il donc un désert ?
N'est-ce pas une ville entière ? I
Une très-grande ville ? Et ce spectacle offert Dans ce, même quartier où commença Molière , Par tous ses habitans sera«-t-il rebuté ?
Sur cette rive de la Seine Ce spectacle est le seul : nous avons pour domaine La plus belle moitié de la grande cité.
BERCOUB.
Oh! la plus belle!
LE DIRECTEUR
Et la plus favorable Pour notre art. Songe un peu comment est habité Ce faubourg qui pour nous te parait redoutable. De rétude et des arts c'est Tasile honorable ; J'y trouve l'Institut et l'Université,
Et plus d'une école fameuse Oà court une jeunesse ardente et studieuse.
C'est ici le Pays Latin; Paris a son Parnasse au faubourg Saint-Germain. '
BERCOUR.
Oh! je suis du quartier; je demeure à la |[)orte...
LE DIRECTEUR
A des spectateurs de la sorte Nous désirons d'offrir nos modestes essais.
Nous trouverons chez eux un goût sévère et sage j Et l'indulgence aussi , qui double le courage ; L'amour de la gaité, ce besoin des Français.
Nous tâcherons de faire rire...