ACTE V, SCÈNE II
Il produit quelquefois le malheur ou le crime
HÉDELMOXE.
La jeune Isaure, hélas ! a péri sa victime.
J^a malheureuse Isaure...'. hélas! pour son tourment,
L'aveugle jalousie égara son amant.
Au pied d'un saule assise , et douce , et sans murmure ,
Elle contait aux vents sa peine et son injure;
Et dans un chant plaintif, conforme à ses douleurs,
Elle unissait souvent et sa voix et ses pleurs.
Et moi, j'aime à chanter ces vers plaintifs d'Isaure.
[après un silence. ) Hélas! elle mourut en les disant encore.
(en lui montrant une guitare qui est sur un fauteuil. ) Tu vois cet instrument : tout dort : si dans ces lieux J'unissais à ma voix ses sons mystérieux!
HERM.\NCE.
Il émeut trop votre ame.
HÉDELMONE.
Il est fait pour me plaire.
C'est le fidèle ami du chagrin solitaire. Entends encor ma voix : nous sommes sans témoin ; C'est un chant douloureux dont mon cœur a besoin.
Au pied d'un saule, Isaure à son amant, Croyant le voir, reprochait son injure.
Quoi! je t'adore, et tu me crois parjuix'! Je meurs, cruel; tes maux font mon tounuent Chantez le saule et sa douce verdure.
Comme une fleur, je n'eus que deux instans: T'aimei'... mourir. Hélas! mon ame est pure. On t'a trompé; tu verras l'imposture; Tu la verras; il ne sera plus temps.
Chantez le saule et sa douce verdure.
Mais le jour baisse , et l'air s'est épaissi : J'entends crier l'oiseau de triste augure; Ces verts rameaux penchent leur chevelure; Ce saule pleure; et moi je pleure aussi. Chantez le saule et sa douce verdure.
On dit qu'alors Isaure s'arrêta :
Tout resta mort, muet dans la nature;
Le vent, sans bruit; le ruisseau sans murmure.
Jamais depuis Isaure ne chanta.
Chantez le saule et sa douce verdure.
( On entend le bruit du vent. )
{^en frémissant lout-a-coup. ) D'où vient ce bruit? ô ciel !
HERMANCE
C'est la tempête.
HÉDELMONE.
Hermance !
La nuit sera terrible, et l'orage commence.
HERMANCE, avec vivacité et pressentiment. Madame, il faut sortir à l'instant de ces lieux; C'est un avis pour vous que me donnent les cieux.