‹ OEuvresChapitre 21 sur 299 · ACTE II, SCÈNE YI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE YI

Sa vile ambition s'aiyrit par la paresse.

Il porte, eu s'aj^itant, le poids de sa lanjjuour;

Et ne peut pardonner la victoire au vainqueur.

Gomment soutiendrait-il la trop vive lumière

Du jour qui vient dans l'ombre accabler sa paupière?

Oublierais-je qu'ici (souvenir plein d'horreur! )

Des brigands dans la nuit répandant la terreur,

D'un vaste embrasement, du meurtre et du pillage,

Par-tout à mon réveil je rencontrai l'image.

J'étais mère, Macbeth : dans son berceau brûlant

Je courus à la flamme arracher mon enfant.

Parmi les cris , les feux , les poignards homicides ,

Je le serrai tremblant de mes bras intrépides.

Il était temps encor. Mais quand dans ce palais

La fuite des brigands eut i^amené la paix ,

Je songeai, cher Macbeth, que j'étais encor mère;

Quand revoyant enfin mon fils et la lumière,

Lorsque je crus , hélas ! au doux son de sa voix,

Le faire naître encore une seconde fois ,

Dans ce trouble confus de mon ame oppressée ,

Glamis vint tout-à-coup s'offrir à ma pensée.

Mais je ne croirai pas, sans en être certain, De ces brigands cruels qu'il ait armé la main.

FRÉDÉGOXDE.

Je saurai par Nolfock éclaircir ce mystère. Il t'aime, il a des yeux, il est juste et sincère. Nous connaîtrons bientôt quels sont nos ennemis.

34 MACBETH

Mais quoi ! je vois errer vos yeux mal affermis ! De ces murs lentement ils parcourent l'enceinte. Sur votre front, Macbeth, la tristesse est empreinte. De quelque ennui profond seriez- vous occupé?

MACBETH

Quel est donc, réponds-moi, l'objet qui m'a frappé? Dans les bois d'Inverness , au milieu de ces roches Qui de ce palais sombre attristent les approches , Une femme a paru , fuyant sur mon chemin , Un diadème au front, et le sceptre à la main : Son regard m'a troublé; son air, son port terrible, M'ont saisi tout-à-coup d'une crainte invincible. Qui peut-elle être?

FRÉDÉGONDE

Eh quoi! la méconnaissez-vous?

Le grand nom d'Yphyctone est-il nouveau pour nous? Les dieux dans leurs secrets lui permettent de lire : Elle y voit les États se heurter, se détruire, Les forfaits ignorés, ceux que l'on doit punir. Et semble d'un regard dévorer l'avenir.

On vient la consulter du fond de Iflibernie, Des îles de Ferro , de la Scandinavie.

Dans ses augustes mains un sceptre révéré De ses prédictions est le garant sacré ; Tantôt, au bruit des vents, sous des pins solitaires , Elle aime à consommer ses sauvages mystères ; Tantôt dans les palais sa formidable voix Eclate, et sur leur trône épouvante les rois;

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