‹ OEuvresChapitre 230 sur 299 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

PHARASMIN.

Je tombe à vos genoux.

ABUFAfi.

Voudrais-tu le défendre?

PHARASMIN.

Ne précipitez rien ; daignez au moins m'entendre Vous vous repentiriez bientôt de son trépas.

Un monstre ! un criminel !

PHARASMIN.

Non, non, il ne l'est pas.

Croyez-moi, j'en réponds. J'ose excuser sa flamme; L'amour innocemment est entré dans son ame. Comment fuir, en effet, vers le piège entraîné. Le plus doux des périls qu'on n'a point soupçonné? Nourri près d'Odéide , il aura , sans alarmes , Laissé son jeune cœur se tourner vers ses charmes; Il aura cru la voir, sensible impunément, Avec les yeux d'un frère , et non pas d'un amant. Il n'aura pas prévu qu'une amitié si pure Lui cachait un penchant proscrit par la nature; Qu'il connaîtrait un jour, mais trop tard éclairé, De quel poison fatal il s'était enivré. Oui, souvent ces déserts, dans leur vaste silence, Auront de ses remords reçu la confidence. Son amour vit encor dans son cœur combattu; Mais il gémit du moins dompté par la vertu. Moi , plus heureux que lui, plein d'une douce attente,

Je n'ai point rencontré ma sœur dans une amante; Et le destin pour moi , dans ce nouveau séjour, N'avait point séparé l'innocence et l'amour. Plaignez, plaignez plutôt sa flamme involontaire, Les efforts qu'il a faits, les efforts qu'il doit faire. L'amour le poursuivait; il l'a craint, il l'a fui. Le bonheur est pour moi, mais la gloire est pour lui.

Non, tu ne vaincras point le courroux qui m'anime. J'ai lu dans tous ses traits la preuve de son crime; Vois comme dans ton sang il voulait se plonger. Il bravait mon pouvoir, il m'osait outrager ! Il suspend ton hymen , ton bonheur qu'il abhorre.

PHARASMIN.

Je l'attendis long-temps, je peux l'attendre encore.

J'étais , je suis toujours heureux de vous servir,

Et d'aimer Odéide , et de vour obéir.

Pour murmurer jamais ma tendresse est trop forte.

Je reprendrai mes fers , dix ans , vingt ans , n'importe !

L'amour embellit tout, le présent, l'avenir.

L'on possède déjà ce qu'on croit obtenir.

Mais rendez-nous Farhan; oui , bientôt, je l'espère,

Son respect, ses remords vont désarmer son père.

Des cœurs tels que le sien les combats sont affreux ,

Mais leurs efforts sont grands , sont prompts , sont généreux

Farhan est votre fds : non, jamais, quoi qu'il fasse,

Il ne démentira son sang ni votre race :

Non , je ne croirai point que le ciel en courroux

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