ACTE II, SCÈNE I. 4iï
Noires filles du Styx , c'est à voire colère
Que je dévoue ici mon détestable frère;
Accumulez sur lui des tourmens mérités;
Et tels que je voudrais les avoir inventés :
Egalez, s'il se peut, vos transports à ma rage.
S il demeure impuni , son crhne est votre ouvrage.
Que dis-je? de quel front m'élover contre lui ,
Et, quand je lui ressemble, implorer votre appui!
Je veux les consulter... Que pourrais-je en apprendre?
L'oracle est dans mon cœur, c'est à moi de l'entendre.
Ce cœur, pour consoler mes destins malheureux,
Ne me répondra point que je fus vertueux.
Mais quel est donc mon sort? Sans trône, sans patrie,
Je ne sais ; mais je sens dans mon ame flétrie
Un trouble, une douleur qui m'olîsétle en tous lieux.
Hélas! aucun vieillard ne se montre à mes yeux.
Qu'une voix ne me crie : « Ingrat, voilà ton père!
« Vois-tu ses cheveux blancs, ses vertus, sa misère?»
Est-il vivant?... Quel temple et quel désert affreux!
Des antres, des rochers, des cyprès ténébreux:
D un nouveau Cythéron tout m offre ici l'image.
Mais quel vieillard souffrant, appesanti par l'âge,
M'apparaissant de loin sous ces tristes rameaux,
Traîne un corps affaibli , caché sous des lambeaux?
Sous l'habit d'une esclave, une femme attentive
Prête un appui lidêle à sa maichc tardive.
Le remords n'abat point leur front chargé d'ennui...
Si c'était... Avançons... C'est mon père! c'est lui!
4i2 OEDIPE À COLONE.
J ai reconnu ma sœur. O trop chères victimes! Fuyons... en les voyant, je crois voir tous mes crimes. (// se dérobe à travers un bois de cyprès. )