‹ OEuvresChapitre 293 sur 299 · ŒDIPE · texte numérisé non relu

ŒDIPE

Mes enfans , Point de cris , point de pleurs : et je vous les défends. Polvnice , en tes bras je remets Antigone : C'est ta sœur... c'est la mienne... et je te l'abandonne. Je vais bientôt mourir : elle n'a plus que toi. Fais pour elle, mon fils, ce qu'elle a fait pour moi. Hélas! depuis qu'au jour j'ai fermé ma paupière, Ses yeux n'ont pas cessé de veiller sur ton père. Elle a guidé mes pas , sans plaintes , sans regrets , Sur les rochers déserts , dans le fond des forêts , Quand le soleil brûlant dévorait les campagnes , Quand les vents orageux grondaient sur les montagnes , N'entendant autom- d'elle, à la fleur de ses ans. Que les sanglots d'un père, et le bruit des torrens. Et si dans le sommeil quelque songe exécrable, M'offrant de mes destins la suite épouvantable, Me révedlait soudain avec des cris d'effroi , Elle essuyait mes pleurs , ou pleurait avec moi.

i^G OEDIPE À COLONE.

POLYNICE

Ah ! ne me parlez plus de ses soins magnanimes;

En peignant ses vertus, vous m'offrez tous mes crimes.

Que le cercueil déjà ne m'a-t-il englouti!

OEDIPE

As-tu donc oublié que tu t'es repenti?

Vis pour chérir ta sœur , et renonce à l'empire.

POLYNICE

Il est une autre gloire où mon courage aspire.

Dieux! quel espoir me luit! Je crois, ma sœur, je croi

Respirer l'innocence , et m'égaler à toi.

Va , je ne craindrai plus que ce sang qui m'anime,

Même au sein du remords m'engage encore au crime;

Et voici , pour mon cœur si long-temps agité ,

Le plus heureux moment qu'il ait jamais goûté.

OEDIPE

Tu n'y sens plus frémir la haine et la colère?

POLYNICE

Je sens qu'en ce moment j'embrasserais mon frère.

OEDIPE

O dieux ! ce doux espoir me serait-il permis ,

Que vous réuniriez deux frères ennemis !

Puisse un remords durable habiter dans ton ame !

ANTIGONE

Mon père, quel dessein vous frappe et vous enflamme?

POLYNICE

Quel nouveau mouvement paraît vous agiter?

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