ACTE IV, SCÈNE IV
M'acquitter comme lui d'un si noble devoir! Ah! s'il est un mortel à sa perte sensible, Pour qui de son trépas Tirnage soit terrible,
(croyant 'voir l'ombre de Duncan.
Croyez que c'est Macbeth, croyez... Que me veux-tu? Au séjour des vivans quel pouvoir t'a rendu? Que viens-tu faii-e ici, fantôme épouvantable?
LOCLIN.
D'où naît cette terreur?
FRÉDÉGONDE
Son trouble est excusable.
Le meurtre de son roi l'a trop préoccupé; Et d'un forfait si noir il est encor frappé.
( bas^ à Macbeth. ) Est-ce à vous de frémir devant un tel prestige? Un guerrier... se peut-il?...
MACBETH
Il est là! là, te dis-je!
Reprenez sur vos sens un pouvoir absolu , Votre effroi vous abuse.
MACBETH
Eh quoi ! n'as-tu pas lu , Ecrit en traits de sang : « Point de grâce au perfide , « Jamais pour l'assassin , jamais pour l'homicide ! >?
FRÉDÉGONDE
[bas.) [haut.)
Songez qu'on vous observe. Ah ! revenez à \ ous !
66 MACBETH
Macbeth , mon cher Macbeth ! ... Ah ! Lochn , fuyez-nous ! Vous voyez trop , hélas ! dans quel trouble nous sommes. Plaignez et la faiblesse et le malheur des hommes. MACBETH, les regardant tous deux avec étonnement.
Vous n'avez point pâli !
FRÉDÉGONDE, bas.
Suivez-moi.
MACBETH
Non. Je sens Que ma raison renaît et vient calmer mes sens.
LOCLIN.
Jure donc devant nous , sur ce livre terrible , Qu'au seul bien de l'État ton cœur sera sensible ; Que tu n es rien ici qu'un premier citoyen , Qui peut tout par la loi , qui sans la loi n'est rien. Jure qu'en ce palais, encor plein d'épouvante, De Duncan égorgé calmant l'ombre sanglante, Contre son meurtrier tu vas tout à-la-fois Armer le ciel vengeur et le glaive des lois. Oi'donne qu'à l'instant son supplice s'apprête. MACBETH , avec terreur, croyant voir l'ombre de Duncan.
Je le jure... sa mort... Fantôme horrible, arrête!
[avec audace.) Arrête ! Eh ! depuis quand , couverts de leurs lambeaux , Des spectres déchaînés sortent-ils des tombeaux? Viens-tu régner encor du sein de la mort même,