ACTE V, SCÈNE X. 8g
C'est sur mon propre fils qu'il a conduit ma main. Oh ! donnez-moi la mort !
LOCLIN.
Non , tu vivras , cnielle ^ Ce sera ton tourment : qu'on se saisisse d'elle.
{Elle tombe sur un fauteuil ; des gardes l'entourent. ) Ciel ! fais que ce berceau, devant ses yeux fumant, Soit pour ce monstre impie un éternel tourmeiït ! Que ce fils , tour-à-tour mort et vivant pour elle , Expire chaque nuit sous sa main maternelle ; Que ce fils tant de fois pressé dans son berceau , Pour le rougir encor reprenne un sang nouveau ; Qu'elle brise en mourant ce berceau qu'elle abhorre , Et descende aux enfers pour l'y trouver encore !
MACBETH
Guerriers , je l'avouerai , recherchant ma vertu , Avant de m'accuser, j'ai long-temps combattu; Enfin j'ai triomphé : compagnons de ma gloire , N'oubliez pas du moins ma dernière victoire ! Je sens que , malgré vous , loin d'un monstre odieux , Avec horreur, mépris, vous détournez les yeux; Mais le ciel seul me reste, et c'est lui que j implore. Oui , ma tête vers lui peut se lever encore ; Depuis que j'ai moi-même avoué son trépas, Duncan ne revit plus, il n'est plus sur mes pas. Ces mains m'épouvantaient, je souffre leur présence; Je n'osais plus prier, j'ai trouvé l'espérance. Ciel, tu m'as pardonné, tu calmes mon effroi;
90 MACBETH
L'aveu qui me confond m'élève jusqu'à toi ;
Je me couvre à tes yeux du remords de mon crime ;
Il épure, il consacre, il pare ta victime.
Daigne accepter mon sang, qui demande à couler,
Et permets que mon bras te la puisse immoler.
FIN DU CINQUIÈME ET DERî^IER ACTE.