‹ OEuvresChapitre 80 sur 299 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CONSTANCE, sous le nom d'ADÈLE, KERMADEUC.

KERMADEUC

J'ignore les ennuis que votre ame renferme,

Madame ; mais des miens je touche enfin le terme.

Je sens que chaque jour m'approche du tombeau ,

Et du soleil pour moi fait pâlir le flambeau.

La terre me rappelle. Il est temps de lui rendre

Ce corps presque détruit que son sein va reprendre ;

Mais vous, madame, vous , à la fleur de vos ans,

Vous aurez à gémir, à soupirer long-temps.

Dans nos malheurs, pourtant, madame, je rends grâce

Au destin moins cruel qui près de vous me place.

Quoiqu'ici pour nos joms je craigne avec raison ,

Je tremblerais bien plus dans une autre prison.

Vous connaissez Pomfret.

CONSTANCE, sous LE NOM d'adÈLE.

Pomfiet ! ce lieu terrible , Ce château si fatal , sanglant , inaccessible , Où tant de grands , de rois ont reçu le trépas; Où le tyran nous frappe , et ne se montre pas ; Où tant d'ordres secrets , ou plutôt tant de crimes , Sans bruit et sans péril inunolent ses victimes^ Si le roi m'envoyait soùg ces murs odieux ^

Je crois que de teneur je mourrais à ses yeux.

KERMADEUC

c'est ici , par pitié que le ciel nous rassemble.

Dans nos raallieurs , du moins , nous {jémirons ensemble»

Mais vos yeux, je le vois, ont versé bien des pleurs;

Lem- éclat fut souvent flétri par les douleurs.

Que je plains votre sort !

CONSTANCE, sous LE NOM d'aDÈLE.

Votre pitié me touche.

Hélas! mes longs malheurs m'avaient fermé la bouche. Qu'il est doux pour ce cœur, qui trop long-temps s'est tu , D'entendre encor du moins l'accent de la vertu !

KERMADEUC

Madame, pardonnez : je me trompe sans doute; Mais plus je vous regarde, et plus je vous écoute. Plus je me sens troublé , plus je crois dans vos traits Démêler... Vaine erreur!

CONSTANCE, SOUS LE NOM d'aDÈLE.

Ah ! parlez !

KERMADEUC

Non, jamais Mes yeux, mes tristes yeux ne reverront Constance.

CONSTANCE, SOUS LE NOM d'aDÉLE.

Quoi ! vous la connaissez !

KERMADEUC

Hélas! dans son enfance Je l'ai vue à sa cour, quand son père autrefois A ses nobles Bretons dictait encor ses lois.

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