LÉANDRE, ISABELLE, LÉONORE
ISABELLE , à Léandre.
Puis-je croire que votre cœur Pour une autre que moi soupire ?
LÉONORE , a Léandre.
Ingrat, ne m'as-tu pas mille fois osé dire Que tu brûlais pour moi d'une sincère ardeur ?
LÉANDRE
Quand je vous vois ensemble.
L'amour, qui dans vos yeux tous ses charmes rassemble
Est également triomphant.
Entre deux beaux objets, qai tous deux savent plaire»
ACTEI, SCENE m. 147
Le choix est difficile à faire ; Et l'ua de l'autre me défend.
LKOiîORE, à Léandre.
Explique-toi sans artifice.
ISABELLE , h Léandre.
Il est temps enfin de parler.
LÉoifORE , h Léandre. Il ne faut plus dissimuler.
LÉANDRE
Quelle contrainte! quel supplice !
De vos tendres regards j'ai senti les attraits; Je vous aimai, charmante Léonore ; Mais des yeux plus puissaus encore Ont soumis mon cœur à leurs traits ; C'est Isabelle que j'adore, Pour ne changer jamais.
LÊONORB.
Ciel ! que viens-je d'entendre ? e t que ma peine est rude ! Oses-tu déclarer ton infidélité ?
ISABELLE
En amour, bien souvent, un peu d'incertitude Flatte plus que la vérité.
LÉONORE
Jouis de ta victoire , orgueilleuse rivale ;
Insulte encore à mon malheur.
Et toi, perfide amant, crois-tu voir dans mon cœur Dissiper en regrets ma tendresse fatale ? Non , ingrat ! je prétends que mon courroux égale
Et surpAse encor mon ardeur;
i48 LE CARNAVAL DE VENISE. Ij
Je veux qu'à ma yengeance offert en sacrifice '
L'un ou l'autre périsse.
J'en atteste le ciel; en ce funeste jour, La haine vengera l'amour.
( elle sort. )