SABINUS
Ali! madame, Que du ciel en courroux la foudroyante flamme , Que l'enfer sons mes pas s'ouvrant... !
ZÉNOBIE
Je vous entends.
Ce n'est point en discours qu'il faut perdre le temps ; Un cœur comme le mien Lait ces secours frivoles : Je prétends qu'un amant, sans l'aide des paroles , A travers des dangers courant se faire jour, Au bruit de ses exploits m'apprenne son amour.
SAEINtJS.
C'est par mon bras aussi que je prétends , madame , Avec des traits de sangpeindre à vos yeux ma flamme. Déterminez. Faut-il, en vous tirant des fers , Vous replacer au trône aux yeux de l'univers ? Faut-il sons vos drapeaux aux deux bouts de la terre Rallumer le flambeau d'une cruelle guerre , Semer par tout le camp la discorde et l'iiorreur ? L'amour fera pour vous l'effet de la fureur; Et, contre le Romain armant le Romain même... Madame, à ces transports counaîtrez-vous si j'aime ?
ZÉNOEIE.
Depuis cinq ans et plus l'orieut sous mes lois D'une cruelle guerre a soutenu le poids.
Le sort serait douteux ; ma rapide vengeance Offre uu plus prompt secours à mon impatience î Pour servir votre amour, et mériter mou cœur. Il faut que votre bras immole à ma fureur...
SABIÏTUS.
Prononcez.
ZÉIÏOEIE,
Aux transports de cet ardent courage , Je le crois déjà mort, l'ennemi qui m'outrage.
SABIS^US.
IV'en doutez point, madame; il mourra de mes coups.
ZÉNOBIE
La victime du moius sera digne de vous.
S'il était à mes yeux une plus noble tête ,
On me verrait sur elle exciter la tempête ;
Mais , depuis mes malheurs , il ne s'offre plus rien
Qui paraisse au-dessus du nom d'Aurélieu ;
C'estluiqu'ilfaut percer. Quoi! ce grand cœur balance?
Tous ne répondez rien ! Que m'apprend ce silence?
l^arlez.
SAEIIÎUS.
Madame, hélas! le crime..,
ZÉKOBIE.
FiDi5se^.
SA.BINUS.
L'empereur...
ZÉKOBIE.
Quoi?
ACTEI, SCENE V. 71
SABIIÎDS.
Les dieux... Ab! vous me haïssez Plus que tous les Roiuaius, plus que l'eiupereur même.
ZÉNOBIE
Et qui vous fait juger de cette horreur extrême ? Est-ce doue vous jiaïr que de mettre eu vos maius Le succès importaut de mes hardis desseins ? Qu'importe que l'amour ou la haine m'iuspire? N'est-ce pas vous ouvrir un cl^M|iin à l'empire ? Qu'espérez-vous encor? Quand on y peut monter. Est-il quelque moyeu qu'on ne doive tenter? Vous n'aurez pas plutôt embrassé ma vengeance, Que l'orient eu vous respectant ma puissance. Incertain , sous le joug viendra de toutes parts Se ranger eu un jour près de vos étendards; Vous verrez près de vous les brigauds de Syrie, Ce qu'arme de soldats l'uue et l'autre Arabie , La Perse, sous vos lois dressant ses pavillous , De ses meilleurs soldats grossir vos bataillons; Les habitans épars des sommets de Nipliate , Ceux, qu'arrose le Tigre, et qui boivent l'Euphrate; Tous ces peuples armés sauront dessous vos lois Contre tout l'univers justifier vos droits. La fortune eu ce jour au trône vous appelle. Jamais l'occasion ne peut être plus belle : La discorde partout déchire les Romains ; L'Italie est en proie aux fureurs des Germains; Titricus en Espagne , aidé de Victorie ,
A d'un joug importun fini la barhane ; Et Firmus , ralliant los mécoutens épars , Fait sur le bord du Nil flotter ses étendards. Vous ne répondez rien! Qu'ai-je encore avons dire? Vous êtes insensible aux honneurs d'un empire , Aussi bien qu'à ma voix qui ne vous touche pas. Si le troue du monde a pour vous peu d'appas. Hélas ! puis-je espérer que quelques faibles charmes , Inutiles secours , ji^ues et faibles armes , Seront de quelque "Jirix , exposés à vos yeux; Que les coups redoublés d'un sort injurieux , Que les cruels malheurs dont je suis la victime ?...
SABIKrS.
Ne peut-on vous venger, hélas ! que par un crime?
ZÉMOBIE.
Non , ce n'est pas le crime , ingrat ! qui te fait peur;
La crainte de la mort saisit ton lâche cœur.
As-tu frémis toujours à cette voix austère
Que fait entendre au cœur une vertu sévère ?
As-tu fait autrefois de semblables efforts
Pour dérober ton cœur aux horreurs d'un remords ?
C'est donc une vertu de m' arracher au trône ,
D'enlever sur ma tête une juste couronne.
De mettre dans mes mains , pour un sceptre , des fers.
Et d'un sang innocent inonder l'univers ?
A de telles vertus ton ame est toute ouverte;
Mais quand il faut saisir l'occasiou offerte
Pour purger l'univers d'un tyiau odieux.