‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 55 sur 167 · SABINUS · texte numérisé non relu

SABINUS

Ali! madame, Que du ciel en courroux la foudroyante flamme , Que l'enfer sons mes pas s'ouvrant... !

ZÉNOBIE

Je vous entends.

Ce n'est point en discours qu'il faut perdre le temps ; Un cœur comme le mien Lait ces secours frivoles : Je prétends qu'un amant, sans l'aide des paroles , A travers des dangers courant se faire jour, Au bruit de ses exploits m'apprenne son amour.

SAEINtJS.

C'est par mon bras aussi que je prétends , madame , Avec des traits de sangpeindre à vos yeux ma flamme. Déterminez. Faut-il, en vous tirant des fers , Vous replacer au trône aux yeux de l'univers ? Faut-il sons vos drapeaux aux deux bouts de la terre Rallumer le flambeau d'une cruelle guerre , Semer par tout le camp la discorde et l'iiorreur ? L'amour fera pour vous l'effet de la fureur; Et, contre le Romain armant le Romain même... Madame, à ces transports counaîtrez-vous si j'aime ?

ZÉNOEIE.

Depuis cinq ans et plus l'orieut sous mes lois D'une cruelle guerre a soutenu le poids.

Le sort serait douteux ; ma rapide vengeance Offre uu plus prompt secours à mon impatience î Pour servir votre amour, et mériter mou cœur. Il faut que votre bras immole à ma fureur...

SABIÏTUS.

Prononcez.

ZÉIÏOEIE,

Aux transports de cet ardent courage , Je le crois déjà mort, l'ennemi qui m'outrage.

SABIS^US.

IV'en doutez point, madame; il mourra de mes coups.

ZÉNOBIE

La victime du moius sera digne de vous.

S'il était à mes yeux une plus noble tête ,

On me verrait sur elle exciter la tempête ;

Mais , depuis mes malheurs , il ne s'offre plus rien

Qui paraisse au-dessus du nom d'Aurélieu ;

C'estluiqu'ilfaut percer. Quoi! ce grand cœur balance?

Tous ne répondez rien ! Que m'apprend ce silence?

l^arlez.

SAEIIÎUS.

Madame, hélas! le crime..,

ZÉKOBIE.

FiDi5se^.

SA.BINUS.

L'empereur...

ZÉKOBIE.

Quoi?

ACTEI, SCENE V. 71

SABIIÎDS.

Les dieux... Ab! vous me haïssez Plus que tous les Roiuaius, plus que l'eiupereur même.

ZÉNOBIE

Et qui vous fait juger de cette horreur extrême ? Est-ce doue vous jiaïr que de mettre eu vos maius Le succès importaut de mes hardis desseins ? Qu'importe que l'amour ou la haine m'iuspire? N'est-ce pas vous ouvrir un cl^M|iin à l'empire ? Qu'espérez-vous encor? Quand on y peut monter. Est-il quelque moyeu qu'on ne doive tenter? Vous n'aurez pas plutôt embrassé ma vengeance, Que l'orient eu vous respectant ma puissance. Incertain , sous le joug viendra de toutes parts Se ranger eu un jour près de vos étendards; Vous verrez près de vous les brigauds de Syrie, Ce qu'arme de soldats l'uue et l'autre Arabie , La Perse, sous vos lois dressant ses pavillous , De ses meilleurs soldats grossir vos bataillons; Les habitans épars des sommets de Nipliate , Ceux, qu'arrose le Tigre, et qui boivent l'Euphrate; Tous ces peuples armés sauront dessous vos lois Contre tout l'univers justifier vos droits. La fortune eu ce jour au trône vous appelle. Jamais l'occasion ne peut être plus belle : La discorde partout déchire les Romains ; L'Italie est en proie aux fureurs des Germains; Titricus en Espagne , aidé de Victorie ,

A d'un joug importun fini la barhane ; Et Firmus , ralliant los mécoutens épars , Fait sur le bord du Nil flotter ses étendards. Vous ne répondez rien! Qu'ai-je encore avons dire? Vous êtes insensible aux honneurs d'un empire , Aussi bien qu'à ma voix qui ne vous touche pas. Si le troue du monde a pour vous peu d'appas. Hélas ! puis-je espérer que quelques faibles charmes , Inutiles secours , ji^ues et faibles armes , Seront de quelque "Jirix , exposés à vos yeux; Que les coups redoublés d'un sort injurieux , Que les cruels malheurs dont je suis la victime ?...

SABIKrS.

Ne peut-on vous venger, hélas ! que par un crime?

ZÉMOBIE.

Non , ce n'est pas le crime , ingrat ! qui te fait peur;

La crainte de la mort saisit ton lâche cœur.

As-tu frémis toujours à cette voix austère

Que fait entendre au cœur une vertu sévère ?

As-tu fait autrefois de semblables efforts

Pour dérober ton cœur aux horreurs d'un remords ?

C'est donc une vertu de m' arracher au trône ,

D'enlever sur ma tête une juste couronne.

De mettre dans mes mains , pour un sceptre , des fers.

Et d'un sang innocent inonder l'univers ?

A de telles vertus ton ame est toute ouverte;

Mais quand il faut saisir l'occasiou offerte

Pour purger l'univers d'un tyiau odieux.

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