AURÉLIEN, SABINUS
Ouoi ! seigneur, quand le ciel secondant vos guerriers^
Lui-mênae au champ de Mars cultive vos lauriers ,
Au milieu des faveurs que sa main vous envoie,
Votre cœur abattu se refuse à la joie!
Vous seul , d'un noir cliagrin partout environné ,
Plus qu'aucun des vaincus paraissez consterné!
Tout rit à vos désirs : dans vos mains Zénobie
Vous répond du destin du reste de l'Asie ;
Et César maintenant peut nous dire , à«ou choix,
Combien pour sou triomphe il destine de rois.
AURÉLIEN
Cher ami, ce grand jour éclairera ma honte;
Et parmi tant de rois je crains qu'on ne me compte.
SA.BINUS.
Seigneur, que craignez-vous ? quelle vaine terreur Vous dérobe à vous-même , et saisit votre cœur ?
ij6 SAPOR.
Depuis que l'orient est joint à votre empire
Est-il q-ielque couquéte où votre bras aspire?
Le soleil, trop coûtent d'éclairer vos états,
Tîe s'y lasse jamais , et ne s'y couche pas :
Vous coiiiraaudez . seigneur, du coucbant à l'aurore ;
Le Sovtbe vous révère aussi bien que le Maure ;
Le Tage avec le Rhin s'incline devant vous.
Et d'un juste tribut honore vos genoux.
D'où naît dans votre cœur l'ennui qui vous traverse ?
De quelques mouvemeus soupçonue/.-vous la Perse ?
Et tenant daus vos fers Zénobie et Sapor,
Est-il quelque ennemi que vous craigniez encor?
AURÉLIEW.
Tf on, non, je ne crains plus d'ennemis que moi-même ; Cher Sabinus, enfin, te le dirai-je ? j'aime.