ACTE II, SCENE m
Sapor !,.. Si de sa main vous atteudezTeippire , Vos vœux avec les siens vers le ciel adresses Ne seront pas encor dans ce jour exaucés. Je crois peu que l'état où le ciel l'abaudunue Soit le plus court cheuiin pour arriver au trône : Je pourrais me tromper; et pour sortir des fers Peut-être que Sapor a cent chemins ouverts. Mais, sans trop pénétrer, peut-on savoir, madame, Par quel heureux secret il a touché votre ame ? Car enfin vous l'aimez.
ISMÈNE
Seigneur, jusqu'à ce jour Mon cœur ignore encor ce que c'est que l'amour. J'avouerai seulement qu'eu ma plus tendre enfance Quand mes jours {)li*^sereius coulaient daus l'innocence Une mère, avant moi formant ces nœuds si doux Me choisit de sa main ce prince pour époux. Depuis ce temps , hélas ! source d'inquiétude , Je me fais de le voir une douce habitude; Chaque jour, chaque instaut vient irriter l'ardeur Qui, flattant mes désirs, s'empare de mou cœur. Quand je le vois, seigueur, nue furtive joie Dans mes yeux indiscrets malgré moi se déploie* Mon cœur, en ce moment, de plaisir pénétré, Vole au-devdut de lui, daus mon sein trop serré : Quand je ne le vois plus , une langueur secrète Entretient le« ennuis d'une flamme inquiète; Et, séduite souvent d'un souvenir flatteur, Je le cherche et lui parle eu secret dans mon cœur ;
86 SAPOR
Mes yéax ne s'ouvrent plus que pour voir ses alarmes, Que pour le regarder, ou pour verser des larmes : Plus sensible à ses maux que je ne suis aux miens , Mes fers sont à mon bras moins pesans que les siens ; Je le plains plus cent fois qu'il ne se plaint lui-même. Ah! si l'on aime ainsi, j'avouerai que je l'aime.
AURÉLIEIf.
N'en doutez point, madame; à ces signes secrets
Ou reconnaît assez l'amour et ses effets ;
Par de plus doux transports il ne saurait paraître.
ISMÈI^E.
J'ai donc senti l'amour, seigueur, sans le connaître: A ce tendre penchant mon cœur accoutumé De sa naissante ardeur ne s'est point alarmé ; Trouvant dans mon amour mon devoir même a suivre. J'ai commencé d'aimer en commençant de vivre; Et, le temps coufirmant mes feux de jour en jour, Sapor n'a plus tenu mon cœur que de l'amour. Je ferais plus encor, je dounerais ma vie Pour lui rendre un moment sa liberté ravie; Oui , prince , je te l'offre, et je meurs à tes yeux; Puisse ma mort calmer la colère des dieux ! Trop contente, en mourant, de te le pouvoir dire; Ayant vécu pour toi, c'est pour toi que j'expire. Mais ma raison s'égare , et je me sens troubler. Seigueur, en ce moment je croyais lui parler.
AURÉLIEir.
A ces égaremens , à ces transports , madame ,