‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 4 sur 6 · VOYAGE D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

VOYAGE D'ALLEMAGNE

X-iA première ville d'Allemagne que l'on rencontre en bilésie est qui dépend d'un

prince particulier qu'on appelle le comte Baltha.ear. Nous vînmes de là a Olrauts, siège d'évêché. Le palais de Tévéque, qui est seigneur spirituel et temporel, est un des beaux édifices qui se voient en Allemagne. Nous remarquâmes que la principale occupation des écoliers est d'aller la nuit de rue en. rue, chantant pour demander l'aumône: cela est commun à tous les étudians d'Allemagne.

Nous arrivâmes à Vienne le ao septembre. Une partie de la cour en était absente , et il n'y avait que celle de l'impératrice douairière, qui est de la maison du Tyrol. L'empereur était à Oldembonrg , oii se tenait une diète, à laqu*^ lie tous les palatins et grands seigneurs de Hongrie se trou\èrent, tant pour terminer les affaires des rebelles , qui durent depuis plus de quinze ans, que pour 6. a^

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assister au couronnement de l'impératrice reine de Hongrie. L'empereur arr'va deux jours après à Vienne; et nous revînmes avec lui de Hongrie, Il devait passer tout l'hiver à Vienne, et de là à la diète de R.atisbonne.

Les Hongrois sont superbes et magnifiques en diamans. Le palatin de Hongrie ou viceroi est le plus opulent ; il a reçu depuis peu l'ordre de la Toison , du roi d'Espagne, vacant par la mort du président, qui avait épousé la princesse de Holstein , où je me suis trouvé, et où tous les geus de qualité font le rendez-vous; il avait administré longtemps les affaires de l'Empire, et depuis a été taxé et démis du ministériat. Abeley a prif* sa place au gouvernement.

Les Hongrois ne sont pas grands ; mais leur habit sert à les faire paraître de bonne mine , aussi bien que les plumes de coq qu'ils portentsur la tête : ils en portent autant qu'il» ont abattu de têtes de Turcs à l'armée. Leur pays est leplu^ abondant du monde en blés, en vins, en pâturages ; mais il est présentement ruiné: le vin de Tockai est estimé le meilleur.

Vienne est la capitale de l'Autriche et le

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siège de l'empire; elle fut attaquée en

par le grand Soliman, avec une armée de cent mille hommes , qui fut obligée de lever le siège. Les armes du Turc, qui sont au-dessus de la tour de Saint-Etienne, font foi de leur belle résistance; elles y ont été laissées , ou pour marque de celte action, ou par les articles de capitulation ainsi faits. La ville de Vienne n'est pas grande , mais fort peuplée , malgré le ravage épouvantable que la peste y fit il y a deux ans, et qui enleva plus de deux cent mille hommes. Les rues en sont belles , et particulièrement celles du quartier des seigneurs. Les églises y sont magnifiques , et surtout celle des Jésuites ,qui y ont trois cou- Yens , et qui sont les maîtres à Vienne. Ils ont un droit très-considérable à percevoir sur ceux qui entrent dans Vienne après huit heures en été , et six heures en hiver; il faut donner quatre sous; et c'est un monopole furieux. Tout le beau monde s'assemble dans l'église Saint-Michel et Sainte-Croix; les cavaliers se mettent d'un côté et les dames de l'autre. Nous y vîmes la sœur de MontécucuUi , la comtesse d'Arach et pour cavalier, Nostiche Bouquin

Les jours de gala sont, chez l'empereur, de cei tains jours de réjouissance où tout le monde se trouve superbement (laié. Les pierreries n'y manquent pas; et je ne ci ois pas qu'il y ait un liea dans le monde où il s'ea trouve davantage; ce sont les jours <le naissance de l'empereur on des impératrices , etc.

L'emnereuresf fîlspuînéde Ferdinand III.

Son fière aîné mourut arclydnc à l'âge de dix-huit ou vin^t as; c'était un prince trèsbien fait. L'empereur fut tiré des Jésuites pour être mis en sa place; mais il était plus né pour le couvent que pour la cour.

Ferdinand III eut trois femmes: la première s'appelait Marie, fille de Philippe III , roi d'E-spacrne, dont il eut trois garçons. Le premier, comme j'ai dit, mourut roi des Romains : le second est l'empereur d'aujourd'hui; et le troisième est mort évéque de Passau et de Breslau.

La seconde fenirae de Ferdinand était de Ja maison d'lns[iiuck , qui mounii en couches fort jeune, et dont on voit le tombeau aux Dominicains.

La troisième, qui vit encore, et qu'on ap-

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pelle l'impératrice Léonore, douairière, est delà maison de Mantoue, lante de la duchesse d'Yorck. Elle a deux filles: la première a épousé en premièies noces Michel Coribut Wiénowieski , roi de Pologne , et a été depuis mariée au duc de Lorraine; la seconde a épousé, il y a environ deux ans, le duc de Neubourg , beau frère de l'empereur.

L'empereur s'appelle Léopold Ignace , fils de Ferdinand III et de Marie, fille de Philippe III , roi d'Espagne. 11 naquit le 9 de juin 16/10 , et fut élevé à la dignité impériale en 1659. Il a eu trois femmes comme son père. La première était infante d'Espagne, fille de Philippe IV , sœur unique de Ch.irles II , aujourd'hui régnant, et sœur de père de la reine de France aujourd'hui régnante. Elle a une fille qu'on appelle l'archiduchesse, âgée de quatorze ou quinze ans, qui est boiteuse.

La seconde était de la maison d'In^pruck.

La troisième est de la maison à" Neuhourg. 11 y a environ quatre ou cinq ans qu'il épousa cette princesse , dont il a un fils Agé de quatre ans, qu'on appelle l'archiduc.

»;o voyagp:

L'archiduchesse espérait bien épouser le roi d'Espagne; on dit même qu'on la salua reine à la cour pendant quelque temps. 11 y avilit toujours beau-'oup de jalousie entre cette jeune archiduchesse et l'autre fille de l'impératrice douairière, quia épousé le duc de Neuhourg, comme ayant toutes deux les mêmes pictenlions, et espérant l'une et l'autre épouser le roi d'Espagne. Et la vieille impératrice se trouva bien surprise en apprenant le maiiage du roi d'Espagne avec Mademoiselle, parce qu'on l'avait flattée que, si cl''^ faisait déclarer l'empereur contre la Fiance, sa fille serait reine d'Espagne; ce qu'elle fit avec succès, car elle a infinimeut d'esprit.

Cette princesse , voyant ses espérance» frustrées de ce côté-là, chercha une couronne ailleurs, et tâcha à faire négocier sou mariage avec le roi de Suède; mais la princesse de Danemarck était trop avant gravée d.'in» son cœur pour pouvoir eu être chassée : ainsi, ne voyant plus de têtes couronnées, elle fut obligée d'épouser le duc de Neu bourg ; mais elle le traita avec des fierté» iiiconcevables.

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