ÉRASTE, ALBERT . AGATHE, LISETTE, CRISPIN
Eraste entre comme un homme qui se promène ; il aperçoit Albert , et le salue.
ALBERT , a part.
Quel triste contre-temps daus cette conjoncture ! Au diable le fâcheux, et sa sotte figure!
( haut , a Eraste.) Souhaitez-vous , monsieur, quelque chose de moi?
LISETTE , bas , a Agathe.
C'est Éraste.
AGATHE, bas.
Paix donc: je le vois mieux que toi.
( Eraste continue a saluer. )
A quoi servent , monsieur, les façons que vous faites? Parlez-donc, je suis las de toutes ces courbettes.
ÉRASTE
Étranger dans ces lieux, et ravi de vous voir, Vous rendant mes respects, je remplis mon devoir. Assez près de chez vous ma chaise s'est rompue ; Lorsqu'à la réparer ici l'on s'évertue.
Attiré par l'aspect et le frais de ces lieux , Je viens y respirer uu air délicieux.
ALBERT
Vous VOUS trompez , monsieur; l'air qu'ici l'ou respire Est tout-à-fait malsain : je dois même vous dire Que vous ferez fort mal d'y demeurer long-temps , Et qu'il est dangereux et mortel aux passans.
AGATHE
Hélas! rien n'est plus vrai ; depuis que j'y respire. Je languis nuit et jour dans un cruel martyre.
CRISPIN
Que l'on me donne a moi toujours du même via Que celui que notre hôte a percé ce matin , Et je défie ici toux, fièvre, apoplexie , De pouvoir de cent ans attenter à ma vie.
ÉRASTE
On ne croira jamais qu'avec tant de beauté, Et cet air si fleuri , vous manquiez de santé.
ALBERT
Qu'elle se porte bien, ou qu'elle soit malade, Cliercliez un autre lieu pour votre promenade.
ÉRASTE
Cet objet que le ciel a pris soiu de parer. Cette vue où mon œil se plaît à s'égarer. Enchante mes regards , et jamais la nature IN^'étala ses attraits avec tant de parure. ]\îoa cœur est amoureux de ce qu'on voit ici.
ALBERT
Oui, le pays est beau , chacun en parle ainsi : Mais vous emploieriez mieux la fin de la journée ; yotre chaise à présent doit être accommodée ;