ACTE II, SCENE V
Et dans l'occasion tout bas se désavouent; De ces menteurs outrés, ces caractères bas. Qui disent tout le bien et le mal qui n'est pas. Des faux amis du temps reconnais les manières: Peut-être ces deux-là sont-ils des plus sincères. Mais changeons de propos. Que dis-tu de la cour?
STRABOW.
Toutes sortes de biens. Et vous , à votre tour , Parlez à cœur ouvert, qu'en dites-vous vous-même?
DÉMOCRITE
Tu t'imagines bien que ma joie est extrême D'y voir certaines gens tout fiers de leur maintien, Qui ne déparlent pas , et qui ne disent rien ; D'y rencontrer partout des visages d'attente. Qui n'ont que l'espérance et les désirs pour rente; D'autres dont les dehors affectés et pieux S'efforcent de duper les hommes et les dieux ; Des complaisans en charge, et payés pour sourire Aux sottises qu'un autre est toujours prêt à dire; Celui-ci qui, bouffi du rang de son aïeul. Se respecte soi-même , et s'admire tout seul. Je te laisse à juger si sur cette matière J'ai pour rire à plaisir une vaste carrière.
STRABON
Je m'en rapporte à^ous.
DÉMOCRITE
Dans ce nouveau pays , Dis-moi , que dit , que fait , que pense Criséis ?
94 DEMOCRITE.
STRABON
Si l'ou en peut juger à l'air de sou visage, Klle se plaît ici bleu mieux qu'en son village. Elle a pris , comme moi, d'abord les airs de cour. Elle veut déjà plaire et donner de l'amour.
dÉmocrite.
Que dis-tu?
STRABON
Vous savez qu'en princesse on la traite. Je la voyais tantôt devant une toilette D'une mouche assassine irriter ses attraits; Elle donne déjà le bon tour aux crochets ; Elle montre avec art , quoique novice encore, Uae gorge timide et qui voudrait éclore. Agélas l'observait d'un œil plein de désirs.
DÉMOCRITE
Agélas ?
STRAEOX.
Oui : parfois il poussait des soupirs ; Et je suis fort trompé si le roi pour la belle Ne ressent de l'amour quelque vive étincelle.
DÉMOCRITE.-
Juste ciel! quoi! déjà?,..
STRABON
L'on va vite en ces lieux ; Et l'air de ce pays est fort contagieux.
DÉMOCRITE
Et comment Criséis prend-elle cet hommage?