‹ ŒuvresChapitre 79 sur 212 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

DÉMOCRITE , seul.

Dieux! quefais-je? Oùm'emporte une indigne tendresse]

Suis je donc Démocrite? et quelle est ma faiblesse !

Pendant que je suis seul laissons agir mon cœur,

Et tirons le rideau qui cache mon ardeur.

Depuis assez long-temps mon rire satirique

Sur les autres répand une bile cynique:

Je veux sans nuls témoins rire à présent de mol ;

11 ne faut point ailleurs aller chercher de quoi.

J'aime ! c'est bien à toi , philosophe rigide ,

De sentir l'aiguillon d'une flamme perfide !

Et quel est cet objet qui t'apprend l'art d'aimer ?

Un enfant de quinze ans! Tu prétends la charmer,

Adonis suranné? Mais un pouvoir suprême

Me commande, m'entraîne en dépit de moi-même.

Ah ! c'est où je t'attends , le plus lâche des cœurs î

Il te faut des chen-ins tout parsemés de fleurs.

Tu ne saurais .saisir ces haines vigoureuses

Que sentent pour l'amour les âmes généreuses ;

ii8 DÉMOCRITE.

Tu ne peux gourmander un penchant trop fatal , Homme pusillanime , imbécille , brutal ! Ce n'est pas encor tout ; vois où va ta folie. Toi , qui veux te targuer de la philosophie , Tu conduis Criséis... en quels lieux? à la cour. Ah ! qu'ensemble on volt peu la prudence et l'amour!

CLÉAKTHIS , DÉMOCRITE.

Mais on vient. Finissons un discours si fantasque; Pour sauver notre honneur remettons notre masque.

CLÉA>-THis, a part.

Oa voit assez , à l'air dont il est habillé , Que c'est l'original dont on nous a parlé.

( haut , a Démocrite. ) Yons , qui dans les forêts avez passé la vie , Uûiquement touché de la philosophie , Quel noir démon vous pousse à causer notre ennui? Et que venez-vous faire à la cour aujourd'hui ?

DÉMOCRITE

Je n'en sais vraiment rien ; ce que je puis vous dire. C'est qu'ici , malgré moi, le roi m'a fait conduire. M'a voulu transplanter, et me faire en un jour, De philosophe actif , un oisif de la cour.

CLÉAKTHIS.

Savez-vous bien qu'ici voire face équivoque ,

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