ACTE IV, SCENE VII. i
CLÉANTHIS.
Non.
STRABON
Femme?
CLÉANTHIS.
Point du tout.
STRABON
Veuve?
CLÉANTHIS.
Je ne sais.
STRABON
OL ! parbleu , vous vous moquez de nous. De quelle espèce donc , s'il vous plaît, êtes-vous?
CLÉANTHIS.
Je fus fille autrefois , et pour telle employée,
STRAEON.
Je le crois.
CLÉANTHIS.
A quinze ans je me suis mariée ; Mais , depuis le long temps que sans époux je vis. Je ne saurais passer pour femme, à mou avis ; Ni pour veuve non plus, puisqu'en effet j'ignore Si le mari que j'eus est mort , ou vit encore.
STRABON
Ce discours , quoiqu'abstrait , me paraît assez bon. Je ne suis, comme vous, homme, veuf, ni garçon; Et mon sort de tout point est si conforme au vôtre. Qu'il semble que le ciel nous ai t faits l'un pour l'autre (a),
(n) Après ce vers il en manque deux de rime masculine»
3 36 DÉMOCRITE
CLÉASTHIS , a part.
Uumme, veuf, u\ garoon !
&TRABON , à part.
Fille, femme, ni veuve J r.LÉAKTHis , k part.
Le cas est toot nouveau.
STRABON , a part.
L'aventare est très-neuve.
( a Cléanthis.) D epuis quand , s'il vous plaît , vivez-vous sans époux ?
CLÉANTHIS.
Depuis près de vingt ans je goûte un sort si doux. J'avais pris un mari fourbe, plein d'injustices. Qui d'aucune vertu ne rachetait ses vices , Ivrogne, débauché, scélérat, ombrageux.
Pour sa mort je faisais tous les jours mille vœux. Enfla le ciel plus doux , touché de ma misère , Lui fit naître en l'esprit un dessein salutaire ; Il partit , me laissant, par bonheur, sans enfaas.
STRABON
C'est tout comme chez nous : depuis le même temps » Inspiré par le ciel, je quittai ma patrie , Pour fuir loin de ma femme, ou plutôt ma furie : Jamais un tel démon ne sortit des enfers ; C'était un vrai lutin , un esprit de travers , Un vieux singe en malice , insolente , revêche » Coquette, sans esprit, menteuse, pigrièche. A la noyer cent fois je m'étais attendu ; âlais je n'en ai rien fait de peur d'être pendu.