DE M. D'ORBE A JULIE
Je me hâte, mademoiselle, selon vos ordres, de vous rendre compte de la commission dont vous m'avez chargé. Je viens de chez milord Edouard, que j'ai
trouvé souffrant encore de son entorse, et ne pouvant marcher dans sa chambre qu'à l'aide d'un bâton. Je lui ai remis votre lettre, qu'il a ouverte avec empressement ; il m'a paru ému en la lisant : il a rêvé quelque temps ; puis il la relue une seconde fois avec une agitation plus sensible. Voici ce qu'il ma dit en la finissant : Vous savez, monsieur, que les affaires d lionneur ont leurs règles dont on ne peut se départir : vous avez vu ce qui s'est passé dans celle-ci; il faut quelle soitvidée régulièrement. Prenez deux amis , et donnez-vous la peine de revenir ici demain matin avec eux; vous saurez alors ma résolution. Je lui ai représenté que l'affaire s'étant passée entre nous, il seroit mieux qu'elle se terminât de même. Je sais ce qui convient, m a-t-il dit brusquement, et ferai ce qu'il faut. Amenez vos deux amis, ou je n'ai plus rien à vous dire. Je suis sorti là-dessus, cherchant inutilement dans ma tête quel peut être son bizarre dessein. Quoi qu'il en soit, j'aurai l'honneur de Vous voir ce soir, et j exécuterai demain ce que vous me prescrirez. Si vous trouvez à propos que j'aille au rendez-vous avec mon cortège, je le composerai de gens dont je sois sûr à tout événement.
LETTRE LX
A JULIE
Calme tes alarmes, tendre et chère Julie ; et, sur le récit de ce qui vient de se passer, commis et partage les sentiments que j'éprouve.