‹ ŒuvresChapitre 142 sur 279 · DE MI LORD EDOUARD A JULIE · texte numérisé non relu

DE MI LORD EDOUARD A JULIE

Nous remportons, charmante Julie; une erreur de notre ami l'a ramené à la raison. La honte de s'être mis vin moment dans son tort a dissipé toute sa fu- ;< :u\ et la rendu si docile que nous en ferons désormais tout ce qu il nous plaira. Je vois avec plaisir que la faute qu'il se reproche lui laisse plus de regrel que de dépit; et je connais qu'il m aime, en ce qu il est humble et confus en ma présence , mais non pas embarrassé ni contraint. Il sent trop bien son injustice pour que je m'en souvienne ; et des torts ainsi reconnus font plus d'honneur à celui qui les répare qu'à celui qui les pardonne.

J'ai profité de cette révolution et de l'effet qu'elle a produit pour prendre avec lui quelques arrangements nécessaires avant de nous séparer; car je ne puis différer mon départ plus long-temps. Comme je compte revenir lélé prochain, nous sommes convenus qu il

3oO LA NOUVELLE HÉLOÏSE.

iroit m attendre à Paris, et qu'ensuite nous irions ensemble en Angleterre. Londres est le seul théâtre digne des grands talents, et où leur carrière est le plus étendue ('). Les siens sont supérieurs à bien des égards; et je ne désespère pas de lui voir faire en peu de temps , à laide de quelques amis, un chemin digne de son mérite. Je vous expliquerai mes vues plus en détail à mon passage auprès de vous. En attendant, vous sentez qu a force de succès on peut lever bien des difficultés, et qu'il y a des degrés de considération qui peuvent compenser la naissance, même dans l'esprit de votre père. C'est, ce me semble, le seul expédient qui reste à tenter pour votre bonheur et le sien, puisque le sort et les préjugés vous ont ôté tous les autres.

J'ai écril à Regianino de venir me joindre en poste , pour profiter de lui pendant huit ou dix jours que je passe encore avec notre ami. Sa tristesse est trop profonde pour laisser place à beaucoup d'entretien. La musique remplira les vides du silence , le laissera rêver, et changera par degrés sa douleur en mélancolie. J attends cet état pour le livrer à lui-même, je n'oserois

C est avoir une étrange prévention pour son pays; car je n'entends pas dire qu'il y en ait au monde où, généralement parlant , les étrangers soient moins bien reçus, et trouvent plus d'obstacles à s'avancer qu'en Angleterre. Par le goût de la nation, ils n'y sont favorisés en rien; par la forme du gouvernement, ils n'y sauroient parvenir à rien. Mais convenons aussi que l'Anglois ne va guère demander aux autres l'hospitalité qu'il leur refuse chez lui. Dans quelle cour, hors celle de Londres, voit-on ramper lâchement ces fiers insulaires? Dans quel pays, hors le leur, vont-ils chercher à s enrichir? Ils sont durs, il est vrai ; cette dureté ne me déplait pas quand elle marche avec la justice. Je trouve beau qu'ils ne soient qu Anglois, puisqu'ils n'ont pas besoin d'être hommes.

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