PARTIE II, LETTRE XVII. 35o
O amour! 6 purs sentiments que je tiens de lui!... avec quel charme je rentre en moi-même! avec quel transport j'y retrouve encore mes premières affections et ma première dignité ! Combien je m'applaudis d'y revoir briller dans tout son éclat limage de la vertu , d y contempler la tienne, ô Julie ! assise sur un trône de gloire et dissipant d'un souffle tous ces prestiges ! Je sens respirer mon ame oppressée, je crois avoir recouvré mon existence et ma vie, et je reprends avec mon amour tous les sentiments sublimes qui le rendent digne de son objet.
LETTRE XVIII
DE JULIE
Je viens, mon bon ami, de jouir d'un des plus doux spectacles qui puissent jamais charmer mes yeux. La plus sage, la plus aimable des filles est enfin devenue la plus digne et la meilleure des femmes. L honnête homme dont elle a comblé les vœux , plein d'estime et d amour pour elle, ne respire que pour la chérir, 1 adorer, la rendre heureuse ; et je goûte le charme inexprimable d être témoin du bonheur de mon amie , c'est-à-dire de le partager. Tu n'y seras pas moins sensible, j en suis bien sûre, toi qu'elle aima toujours si tendrement, toi qui lui fus cher presque dès son enfance, et à qui tant de bienfaits l'ont dû rendre encore plus cbère. Oui , tous les sentiments qu'elle éprouve se font sentir à nos cœurs comme au sien. S ils sont
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des plaisirs pour elle , ils sont pour nous des consolartions ; et tel est le prix de l'amitié qui nous joint, que la félicité d'un des trois suffit pour adoucir les maux des deux autres»
Ne nous dissimulons pas pourtant que cette amie incomparable va nous échapper en partie.
La voilà dans un nouvel ordre de choses ; la voilà sujette à de nouveaux engagements, à de nouveaux devoirs; et son cœur, qui n'étoit qu à nous, se doit maintenant à d'autres affections auxquelles il faut que lamitié cède le premier rang. Il y a plus, mon ami, nous devons de notre part devenir plus scrupuleux sur les témoignages de son zèle ; nous ne devons pas seulement consulter son attachement pour nous et le besoin que nous avons d elle , mais ce qui convient à son nouvel état, et ce qui peut agréer ou dé-, plaire à son mari. Nous n'avons pas besoin de chercher ce qu'exigeroit en pareil cas la vertu; les lois seules de l'amitié suffisent. Celui qui pour son intérêt particulier pourroit compromettre un ami mériteroit-il d'en avoir? Quand elle étoit fille, elle étoit libre, elle n avoit à répondre de ses démarches qu'à elle-même , et l'honnêteté de ses intentions suffisoit pour la justifier à ses propres yeux. Elle nous regardoit comme deux époux destinés l'un à l'autre, et son cœur sensible et pur alliant la plus chaste pudeur pour ellemême à la plus tendre compassion pour sa coupable amie, elle couvrait ma faute sans la partager. Mais à présent tout est changé; elle doit compte de sa con^ duite à un autre; elle n'a pas seulement engagé sa foi, elle a aliéné ga liberté. Dépositaire en même temps de