‹ ŒuvresChapitre 220 sur 279 · Tome FI · texte numérisé non relu

Tome FI

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PARTIR III, LETTRE IV. :j j3

LETTRE IV

DE MADAME D ORBE A l'aMANT DE JULIE.

Vous m'avez écrit une lettre désolante ; mais il y a tant d'amour et de vertu dans votre conduite, qu elle efface L'amertume de vos plaintes : vous êtes trop généreux pour qu'on ait le courage de vous quereller. Quelque emportement qu'on laisse paraître, quand on sait ainsi s'immoler à ce qu'on aime, on mérite plus de louanges que de reproches ; et, malgré vos injures , vous ne me fûtes jamais si cher que depuis que je connois si bien tout ce que vous valez.

Rendez grâce à cette vertu que vous croyez haïr, et qui fait plus pour vous que votre amour même. Il n'y a pas jusqu'à ma tante que vous n'ayez séduite par un sacrifice dont elle sent tout le prix. Elle n'a pu lire votre lettre sans attendrissement ; elle a même eu la foiblesse de la laisser voir à sa fille ; et l'effort qu'a fait la pauvre Julie pour contenir à cette lecture ses soupirs et ses pleurs la fait tomber évanouie.

Cette tendre mère, que vos lettres avoient déjà puissamment émue , commence à connoître , par tout ce qu'elle voit , combien vos deux cœurs sont hors de la régie commune, et combien votre amour porte un caractère naturel de sympathie, que le temps ni les efforts humains ne sauroient effacer. Elle , qui a si grand besoin de consolation, consoleroit volontiers sa fille, si la bienséance ne la retenoit; et je la vois trop près d'en devenir la confidente pour qu'elle ne

me pardonne pas de Ta voir été. Elle s'échappa hier jusqu'à dire en sa présence , un peu indiscrètement l peut-être, Ah! s'il ne dépendoit que de moi... Quoiqu'elle se retînt et n'achevât pas , je vis , au baiser ardent que Julie impriment sur sa main, qu'elle ne l'avoit que trop entendue. Je sais même qu'elle a voulu plusieurs fois parler à son inflexible époux ; mais , soit danger d'exposer sa fille aux fureurs d'un père irrité , soit crainte pour elle-même, sa timidité l'a toujours retenue ; et son affoiblissement , ses maux , augmentent si sensiblement , que j'ai peur de la voir hors d'état d'exécuter sa résolution avant qu'elle l'ait bien formée.

Quoi qu il en soit, malgré les fautes dont vous êtes cause, cette honnêteté de cœur qui se fait sentir dans votre amour mutuel lui a donné une telle opinion de vous , qu'elle se fie à la parole de tous deux sur l'interruption de votre correspondance , et qu'elle n'a pris aucune précaution pour veiller de plus près sur sa fille. Effectivement, si Julie ne répondoit pas à sa confiance, elle ne seroit plus digne de ses soins, et il faudroit vous étouffer l'un et l'autre si vous étiez capables de tromper encore la meilleure des mères , et d abuser de l'estime qu'elle a pour vous.

Je ne cherche point à rallumer dans votre cœur une espérance que je n'ai pas moi-même; mais je veux vous montrer, comme il est vrai, que le parti le plus honnête est aussi le plus sage, et que , s'il peut rester quelque ressource à votre amour, elle est dans le sa^

1 Claire, êtes-vous ici moins indiscrète ? est-ce la dernière fo\s que vous le serez ?

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