‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 49 sur 158 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De r Occasion,

La fortune est semblable à un marché public , oii le prix des denrées diminue lorsqu'on attend.

On peut aussi la comparer à certaines ventes, oii les marchandises deviennent plus chères à mesure que le nombre dea acheteurs les rend plus rares.

Il faut donc savoir tout à la fois attendre la fortune et U saisir ; et ce n*est pas sans raison qu'on représente l'occasion avec des cheveux par devant , qu'elle o£fre à ceux qui savent l'atteindre , et avec une tête chauve par derrière pour ceux qui la laissent passer.

La prudence ne paraît jamais tant qu'à savoir commencer et entamer une affaire à propos.

II est arrivé plus souvent de ne pas voir le péril , que d'en être troublé après l'avoir vu. Il est même certains périls qu'il vaut mieux aller chercher à moitié chemin , que d'en épier et d'en observer sans cesse les mouvemens et l'approche; car qui veille trop , s'endort à la fin très-profondément.

C'est tomber dans une autre extrémité , que d'aller trop t6t au— devant du péril , et de l'appeler, pour ainsi dire; c'est ressembler à ce général d'armée , qui , trompé par la longueur des ombres au lever de la lune , crut les ennemis fort proches de lui y et fit lancer contre eux , avant le temps , des traits inutiles.

En général , le parti le plus sûr et le plus avantageux , est de confier aux cent yeux d'Argus le commencement de toutes les grandes affaires , et la fin aux cent mains de Briarée , c'est-àdire, de veiller d'abord et de se hâter ensuite; car le vrai casque magique , qui rend le politique invisible , est le secret dans les conseils et la célérité dans l'exécution. En effet , lors- <{:i'il est question d'agir, le secret n'est pas comparable à la cé- Urité; elle ressemble à un boulet de canon qui, par sa rapidité, ^o dérobe à la vue même la plus subtile , et n'en fait que mieux ^on effet.

DU chan'celier bacon. 237

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