ENVOI A GUSTAVE, ROI DE SUÈDE
OiRE 9 de quel sentiment de respect et d'admiration je fus saisi quand j'entendis votre majesté prononcer cet arrêt plein de justice et d'équité :
« Magistrats , pour qui ma bonté sera toujours sans réserve ,
» c'est une fidélité à toute épreuve que j'exige de vous ; vous ne
M devez écouter que votre devoir , et ne connaître aussi que votre
» maître ; vous ne recevrez jamais rien ni d'un étranger, ni
» même d'aucun prince qui n'a pas la conduite dei'État ; vous
M serez essentiellement ennemis de toutes les factions et de tons
M les partis qui se forment contre le gouvernement ; vous ne
w serez éblouis par aucun prétexte du bien public ; vous ne serez
w tentés par aucune espérance de réforme ; aucune disgrâce ne
M sera capable d'affaiblir votre inviolable attachement pour moi.
« Le devoir et la conscience vous en font un principe ^ et non
» l'intérêt , et dans des temps difficiles , vous serez prêts à tout
■ quitter , à tout sacrifier , à tout perdre pour un prince qui
» vous aurait peu ménagés , et qui n'aurait pas rendu justice à
w votre mérite. C'est là la fidélité inviolable que j'exige de vous. »
En efiet , sire, cet amour unique de la justice se manifeste par l'amour du bien public , qui est la grande qualité d'un magistrat , et qui est fondé sur le désintéressement ; car dès qu'on tient à quelque intérêt particulier , on est incapable de soutenir comme il faut l'intérêt public ; et l'on mesure de telle sorte tout ce qu'on dit et tout ce qu'on fait , qu'on pense plus à soi qu'au
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bien commun. On ne doit rien attendre de grand ni de généreux d'un homme de ce caractère. Il a toujours quelque secrète vue dont il est le centre et la fin : l'État n'est que le prétexte , et le peuple n'est que le Toile qui cache ses desseins.