AU MARQUIS D'ARGENSON
ONSiEUR y les savans et les écrivains célèbres qui vous approchent en si grand nombre applaudiront à l'hommage que je vous rends. Le respect qu'ils vous témoignent est d'autant plus sincère , que l'attachement en est le principe , et d'autant plus juste, que vous ne pensez pas à l'exiger. Vous devez , monsieur, un sentiment si flatteur et si vrai , à cette familiarité sans orgueil avec laquelle vous accueillez les talens , et qui seule peut rendre la société des grands et des gens de lettres également digne des uns et des autres. Votre commerce , utile et agréable par une étendue de connaissances qui vous assurent le suffrage de la partie la plus éclairée de notre nation , est encore , pour tous ceux qui vous environnent , une leçon continuelle de modestie , de candeur , d'amour du bien public , et de toutes les vertus que notre siècle se contente d'estimer. Philosophe enfin dans vos sentimens et dans votre conduite, vous joignez à cette qualité trop rare et qui en renferme tant d'autres , le mérite plus rare encore de l'avoir sans ostentation. Puisse votre exemple , monsieur , et celui de votre illustre maison , apprendre à la plupart de nos Mécènes, trop multipliés aujourd'hui pour la gloire et le bien des lettres , que le vrai moyen d'honorer le mérite en le protégeant , est de s'honorer soi-même par la manière dont on le distingue !
Je suis avec respect , etc.
AU MÊME
JVLoNSiEURy je vous dois sans doute des excuses d'oser vous dédier cet ouvrage sans vous en avoir demandé la permission ;
PARTICULIÈRE. i5
mais , ou votre modestie n'aurait pas accepté mon hommage , et je voulais me satisfaire y ou elle m'aurait interdit tout éloge , et je voulais dire à mon aise la vérité. Je vous prie d'être bien persuadé que de tout ce que j'ai écrit , ou que j'écrirai jamais , rien ne me sera plus cher et plus précieux que les trois premières pages de ce livre. Oserais-je me flatter que vous voudrez bien les rece* voir comme le jprésent d'un philosophe y et comme le seul témoignage , mais le plus authentique que je puisse vous donner , du respect et de l'attachement avec lequel je serai toute ma vie f etc.
A FRÉDÉRIC II, ROI de Prusse.
diRE, mon entrée dans une académie que Votre Majesté a rendu florissante , et le suffrage public dont un corps si illustre vient d'honorer mon ouvrage sur la cause générale des vents , sont les titres sur lesquels j'ose m'appuyer pour vous faire hommage de mon travail ; j'espère que ces titres me suffiront auprès d'un prince qui favorise les sciences , et qui se plaît même à les cultiver. La protection que vous leur accordez. Sire , est d'autant plus flatteuse , qu'elle est éclairée. Comme Votre Majesté sait animer les talens par son exemple , elle sait aussi les discerner par ses propres lumières; le vrai mérite l'intéresse , parce qu'elle en connaît le prix , et qu'elle contribue trop à la gloire de l'humanité pour ne pas aimer tout ce qui en fait l'honneur. Elle appelle de toutes parts ceux qui se distinguent dans la noble carrière des lettres ; elle les rassemble autour de son trône ; et pour mettre le comble aux bienfaits qu'elle répand sur eux, elle j joint une récompense supérieure à toutes les autres , sa faiseur et sa bienueiîlance. Ainsi ce même Frédéric qui, dans une seule campagne, remporte trois grandes victoires, soumet un royaume et fait la paix, augmente encore le petit nombre des monarques philosophes, des princes qui ont connu l'amitié, des conquérans qui ont éclairé leurs peuples et les ont rendus heureux. Tant de qualités , Sire , tous ont , à juste titre , mérité le nom de Grtmd dès les premières années de votre règne : vous l'avez en même temps reçu de vos sujets , des étrangers , de vos ennemis ; et les siècles futurs , d'accord avec le vôtre , admireront également en vous le souverain , le sage et le héros, Puis-je me flatter , Sire , que parmi les acclamations de toute l'Europe, Votre Majesté entendra ma faible voix , et qu'au milieu de sa gloire elle ne dédaignera point l'hommage d'un philosophe? Si cet hommage ne répond pas à la grandeur de ion objet y il a du moins les principales qualités qui peuvent le
i6 CORRESPONDANCE
rendre digne de vous ; il est juste , il est libre , et je ne pouTais le mieux placer qu'à la tête d'un livre dont toutes les pages sont consacrées à la vëritë.
Je suis y etc.
AU MÊME
OiBEj votre Majesté a bien voulu recevoir mes premiers hom^ mages dans un temps oii elle était principalement connue par des victoires. La philosophie , plus sensible au bonheur des hommes que frappée de ce qui les éblouit , pardonne aux conquérans le mal qu'ils font à leurs ennemis , à proportion du bien qu'ils font à leurs sujets. Tout ce que Votre Majesté a exécuté depuis six années de paix , pour le bonheur de ses peuples , pour la réformation de la justice , pour les progrès des sciences et du conmierce , tout cela , Sire , a convaincu l'Europe entière que VOU5 savez aussi bien régner que vaincre. J'ai consacré l'un de mes ouvrages à Frédéric conquérant; c'est à Frédéric roi que je présente celui<i.
Je suis, etc.
AU MÊME
Paris, jaillet 1754*
OiRE , la lettre dont Votre Majesté vient de m'honorer ajouterait encore à ma reconnaissance, s'il était possible qu'elle augmentât. Vos bienfaits m'ont honoré bien au-delà de ce que j'aurais osé attendre, et m'ont rendu beaucoup plus riche que je n'avais besoin de l'être; mais quand j'aurais à me plaindre de l'injustice du sort ou de celle des hommes, ces bienfaits, Sire , auraient suffi pour m'en consoler. Je regarderai comme le plus heureux moment de ma vie , celui oii il me sera permis enfin d'aller témoigner à Votre Majesté les sentimens tendres et respectueux dont je suis pénétré pour elle, et je n'oublierai rien pour hâter ce moment que mon coeur désire. Mon amour>propre le redouterait peut-être, si vos bontés. Sire, ne me répondaient de votre indulgence, et si je ne savais d'ailleurs que je dois ces bontés à ma façon de penser bien plus qu'à mes faibles talens. C'est aussi principalement. Sire, par cette faconde penser, pai* ma reconnaissance et mon attachement inviolable , que j^ suis jaloux de conserver l'estime de Votre Majesté ; et j'ose me flatter, en me laissant voir tel que je suis, de n'avoir point le malhenr de la perdre.
Je suis , etc.