‹ ŒuvresChapitre 44 sur 56 · DE VALON · texte numérisé non relu

DE VALON

Cesse enfin d'agiter m» vie , Et laisse en paix mes derniers jours ! Ta tyrannie et les caprices Font payer trop cher tes délices.

(Test trop gémir dans ta prison ; Brise les fers qui m'y retiennent, Et permets que mes vœux obtiennent Les fruits tardif* de la raison.

Déjà ru'écbappe le bel âge * Qui convient a les favoris , Et des ans le sensible outrage Me va donner des cheveux gris.

Si pour moi le dessein de plaire Devient nn espoir téméraire , Que puis-jc encore désirer?

Quelle erreur de remplir mon Ame D'une vive et constante flamme Que je ne saurais inspirer !

Quand on sait unir et confondre En deux coeurs mêmes sentimens , Et que les yeux de deux amans Savent s'entendre et se répondre ; Qnand on se livre tout le jour Aux soins d'un mutuel amour , De quel transport l'Ame est ravie !

Dans ces roomem délicieux Un mortel portc-t-il envie A la félicité des dieux ?

Mais l'amorce de tes promesses N'eut que trop l'art de m 'éblouir.

Réserve toutes tes caresses ' A l'heureux âge d'en jouir.

Serre de la plus forte chaîne L'ardent Cléon , la jeune Isméne ; Vole où t'appellent leurs désirs , Fais-les mourir, fais-les revivre, Et que ta faveur les enivre D'un torrent d'amoureux plaisirs.

Ponr moi , dans un champêtre asile , Où l'Arou de ses claires eaux Baigne le pied de nos coteaux , Je cherche un bonheur plus tranquille , Sur des fleurs mollement couché , Avec un esprit détaché

Desine , dulcittm Mater s (rv a cupidinum , Circa lustra de cent Jlectert molli but Jam durum imperiis.

Non sum qualis eram bonat Sub regno Cynarœ.

Abi

Quô blandae juvenum te tet-neant prêt es.

5*6 NOTES SLR L'ELOGE

Des biens que le courtisan brigue , Sur moi le père du repos , Le Sommeil, d'une main prodigue, Versera ses plus doux pavots.

Je verrai quelquefois eclore

Dans les prc's les aimables fleurs ,

Odorantes Glles des pleurs

Que verse la uaissante Aurore ,

Je verrai tantôt mes guérels

Dores par la blonde Ce'rès :

Dans leur temps les dons de Pomone

Feront plier mes espaliers,

Et mes vignobles, en automne,

Rempliront mes vastes celliers.

Mais quel trouble et quelles alarmes 1 Viennent me saisir maigre moi!

Pourquoi, Cephise, htlas ! pourquoi Ne puis-je retenir mes larmes ?

Dans mon sein je les sens couler.

Je rougis, je ne puis parler j Un cruel ennui me dévore.

Ah! Venus, ton Gis est vainqueur :

Oui, Cephise, je brûle encore; Tu règnes toujours sur mon cœur.

Quelquefois la douceur d'un songe * Te rend sensible a mes transports. Charmes secrets, divins trésors, N'étes-vous alors qu'un mensonge?

Une autre fois avec dédain Tn te dérobes sous ma main :

J'embrasse une ombre fugitive; Et te cherchant à mon réveil, Je bais la clarté qui me prive Des doux fantômes du somme.il.

(a) Nous pourrions citer plus d'un exemple de pareils discours , que les Zoîles de la littérature ont fort exaltés , non-seulement par le motif si digne d'eux de flatter des hommes puissans , mais pour opposer , disaient-ils , la supériorité et les grâces de ces discours à l'insipidité et au mauvais goût de plusieurs autres , qu'avaient prononcés , en leur propre nom , des académiciens , gens de lettres; il est arrivé plus d'une fois que ces académiciens , outragés avec tant de bonne foi et de justice , étaient les secrets auteurs des discours tant célébrés. Peut-être

' Sed cur , heu ! Ligurine , cur

Ma mu rara mens tacryma per gênas ?

Cur facunda parùm deenm Inter verba cadit iingua silentio ?

* JVocturnis te ego somniis

Jam captum teneo , jam volucrem sequnr

F e per gramina martii Campi , te per aquas , dure , io/uAi/cj.

DE VALOIS . 5a;

cependant (car i! ne faut rien outrer, même en repoussant la satire), peut-être est-il arrive quelquefois qu'un académicien, homme «le lettres, a mieux fait pour un autre académicien qu'il n'eût fait pour lui-même , par la raison seule qu'il ne cherchait pas à faire aussi bien. L'écrivain qui ne travaille pas pour son propre compte , qui travaille de plus dans le silence , à l'abri de l'envie et sous un nom que la satire n'osera déchirer , prend en liberté son essor , et déploie avec confiance son talent et ses forces. Affranchi de cette contrainte odieuse , qui refroidit et resserre le génie , il n'est point tourmenté , comme il l'est en écrivant pour lui-même, par les efforts contradictoires et pénibles qu'il serait obligé de faire , d'un côté , pour s'élever , et de l'autre , pour contraindre son vol.

La famille de cet académicien a bien voulu nous communiquer un écrit , d'où nous tirerons les principaux laits qui honorent sa mémoire , et dout nous n'avons point fait mention dans son éloge , parce qu'ils sont trop étrangers à ses qualités académiques, qui ont dû principalement nous occuper.

« Dès sa tendre jeunesse il annonça un talent singulier pour la poésie; " à neuf ans , sa réputation naissante lui ouvrit le chemin de la cour. " Ce fut sur le témoignage avantageux du grand Condé . gouverneur >» de Bourgogne , qu'il fut placé par Louis XIV auprès du dauphin. A « cette grâce , le roi joignit une pension de trois mille livres , destinée » à contribuer à son éducation.

» Quelque attaché qu'il fût au service de ce princS , il sut le con- » cilicr avec celui de la guerre. Après avoir servi , sous Duquesnc , en » qualité de volontaire , à l'expédition d'Alger , en if)8j . il fut mestre- » de-camp et sous-lieutenant des gendarmes anglais : son courage et » sa conduite le firent successivement passer aux emplois de brigadier. » maréchal-de-camp et de lieutenant-général : il se distingua aux com- » bats de Stcinkcrque , de Leuse . aux deux journées de Flcurus , à relies » de la Marsaillc , de Ramillv et de Malplaquet , de même qu'aux sièges » de Luxembourg , de Philisbourg , Frankendal . Mons . Landau et » Brissac , où il eut l'honneur de servir en qualité d'aide-de camp de »» monseigneur le duc de Bourgogne . qui le chargea de porter au roi » les articles de la capitulation. Ce prince , après la mort du dauphin » son père , le retint , par ordre du roi, près de sa personne . dans n les mêmes fonctions qu'il avait déjà remplies : il le traita toujours i> avec estime ; et cette distinction fut non-seulement le fruit de l'at- >• lâchement fidèle que M. de Mimeurc avait fait paraître dans toutes »> les occasions pour son premier maître , mais encore de son goût » pour les lettres.

» Il est mort sans avoir eu d'cnlans de dame Madeleine de Cartoisin » d'Achy , d'une illustre maison de Picardie . qu'il avait épousée en * 1707, et laissa pour son héritière Anne-Philippine sa sœur, mariée » à messirc Anselme-Bernard Fyot de Vaugémois , président aux re- » quêtes du palais , à Dijon.

5a8 NOTES SUR L'ÉLOGE DE VALON.

» Le nom de Valon est connu depuis Régnier Valon , seigneur de » Capelle , et gouverneur d'Arleux en Flandre, qui mourut en iag6 , » et laissa , d'Alix de Rocourt , une nombreuse postérité ; elle suivit la i profession des armes jusqu'à la fin du quinzième siècle ; et depuis ayant <• pris le parti de la robe , elle donna un grand nombre d'officiers distin- » gués au parlement de Bourgogne , et plusieurs chevaliers à Tordre de » Malte. Quelques uns des cadets qui , dans la suite , reprirent le mé- » tier de la guerre , y servirent avec distinction ; entre autres , le che- » valier Valon , commandant le bataillon de Malte au siège de Vaa lence, en i656; et Jacques Valon de Saint -Seine, capitaine au » régiment des Gardes-Françaises, tué à la bataille de Sénef. Leurs a services sont rapportés avec éloge dans les lettres d'érection en inarm quisat de la terre de Mimeure , située en Bourgogne , et possédée en » franc-aleu noble dans la même famille , depuis Nicolas Valon , sei- » gneur de Barain , conseiller au parlement de Dijon , en i554 , et qui a a passé à M. Claude Fyot de Mimeure, petit-neveu du marquis de » Mimeure , objet de cet article. »

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