SCÈNE PREMIÈRE
AGAMEMNON , GLYTEMNESTRE.
CLYTEMNESTRE
Oui , Seigneur, nous partions ; et mon juste courroux
Laissoit bientôt Achille et le camp loin de nous.
Ma fille dans Argos couroit pleurer sa honte.
Mais lui-même , étonné d'une fuite si prompte , 770
Par combien de serments , dont je n'ai pu douter,
Vient-il de me convaincre et de nous arrêter !
Il presse cet hymen qu'on prétend qu'il diffère ,
Et vous cherche , brûlant d'amour et de colère :
Prêt d'imposer silence à ce bruit imposteur, 775
Achille en veut connoître et confondre Fauteur.
Bannissez ces soupçons qui troubloient notre joie.
AGAMEMNON
Madame , c'est assez. Je consens qu'on le croie.
Je reconnois l'erreur qui nous avoit séduits ,
Et ressens votre joie autant que je le puis. 780
Vous voulez que Calchas l'unisse à ma famille :
Vous pouvez à l'autel envoyer votre fille ;
Je l'attends. Mais avant que de passer plus loin,
J'ai voulu vous parler un moment sans témoin.
Vous voyez en quels lieux vous l'avez amenée : 7 8 5
Tout y ressent la guerre, et non point l'hyménée.
Le tumulte d'un camp, soldats et matelots,
Un autel hérissé de dards, de javelots,