‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 158 sur 493 · ACTE IV, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VIII

Que dis-je ? que prétend mon sacrilège zèle ? 1 4 4 5

Quels vœux , en l'immolant , formerai-je sur elle 1 ?|

Quelques prix glorieux qui me soient proposés , |

Quels lauriers me plairont de son sang arrosés? I

Je veux fléchir des Dieux la puissance suprême? f

Ah ! quels dieux me seroient plus cruels que moi-même2?

Non , je ne puis. Cédons au sang, à l'amitié,

Et ne rougissons plus d'une juste pitié.

Qu'elle vive. Mais quoi? peu jaloux de ma gloire ,

Dois-je au superbe Achille accorder la victoire?

Son téméraire orgueil , que je vais redoubler, 1455

Croira que je lui cède, et qu'il m'a fait trembler3

De quel frivole soin mon esprit s'embarrasse !

Ne puis-je pas d'Achille humilier l'audace?

Que ma fille à ses yeux soit un sujet d'ennui.

Il l'aime : elle vivra pour un autre que lui. 1460

1 . Agamemnon se dit ici à lui-même ce que dans Euripide lui dit Clytemnestre :

Qvaetç Ss Tijy 7raîe?' ■ è'v8a. Tt'vaç sy^àç Ipetj ; Te <jqi xarsy^se Tàyaôôv, aftkÇwv re'xvov ;

a Tu immoleras ta fille; mais à ce moment quelles prières prononceras-tu? Quels vœux de bonheur feras-tu pour toi-même , en égorgeant ton enfant ? » (Vers 1 174 et 1 175.)

— Rotrou a ainsi imité ces vers d'Euripide :

Quand vous rendrez au ciel ce triste sacrifice, De quoi le prîrez-vous de vous être propice ? Quels raisonnables vœux pourrez-vous concevoir En un si sacrilège et barbare devoir?

(Acte IV, scène ni.)

2. Le sens de ce vers est parfaitement clair; et Ton s'étonne que P. Perrault s'y soit trompé. Dans la traduction en prose qu'il a faite de VIphigénie de Racine, pour la comparaison de cette pièce avec celle d'Euripide, il met: « Hélas! où trouverai-je des Dieux qui me soient moins cruels que je le suis à moimême? » Et il écrit cette note à la marge : « Il y a :

Ah ! quels Dieux me seroient plus cruels que moi-même ?

Je crois qu'il faut dire moins cruels. »

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