‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 168 sur 493 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

Contre tant d'ennemis qui vous pourra défendre1 ?

Ce n'est plus un vain peuple en désordre assemblé ;

C'est d'un zèle fatal tout le camp aveuglé.

Plus de pitié. Calchas seul règne, seul commande : 1625

Lajtiété sévère exige son offrande.

Le Roi de son pouvoir se voit déposséder,

Et lui-même au torrent nous contraint de céder.

Achille, à qui tout cède, Achille à cet orage

Voudroit lui -même enjyam opposer son courage. i6 3o

Que fera-t-il , Madame ? et qui peut dissiper

Tous les flots d'ennemis prêts à l'envelopper ?

CLYTEMNESTRE

Qu'ils viennent donc sur moi prouver leur zèle impie ,

Et m'arrachent ce peu qui me reste de vie.

La mort seule , la mort pourra rompre les nœuds 1 6 3 5

Dont mes bras nous vont joindre et lier toutes deux.

Mon corps sera plutôt séparé de mon âme ,

Que je souffre jamais2 — Ah ! ma fille.

1. Far. Contre tant d'ennemis qui pourra vous défendre? (1675-87)

2. Racine paraît s'être inspiré ici d'une scène de VHécube d'Euripide. La situation est semblable; Polyxène doit être sacrifiée; on veut l'arracher à 9a mère, qui s'écrie:

'T^etç Sé ocW.à doyocrpi c-u/ApoveucraTs.... ^OTroïa xioabç 3puoçy 07rwç tv????' £'£o/*at.... .... TîjTi?' éxovGOC. 7ratc?ôç où ^e^nj'ao/Aai.

«Vous, tuez-moi avec ma fille.... Comme le lierre s'attache au chêne, je vais m'attacher à elle La force seule pourra m'arracher cet enfant. » (Vers 389-898 . )

Dans la même scène, Polyxène, comme l'Iphigénie de Racine, exhorte sa mère à laisser aux Grecs achever leur ouvrage ; et le langage des deux jeunes victimes offre des rapports frappants :

MîjTSp, 7T10OU fJ.Ol

. . . Til râAaiva, toîç xpocTOvui /j.yi /jlk%ou. 'Rovlsi neuet-J npoc, où<?aç, èXxG)Gu.t ts gov Tépo^ra. ^pôira, 7tpoç /3i'av d)8oo/j.evY}) ,A.axY]iJ.ovY)CjCii t' èx vsou fipocxiôvoç STtotadeïv' ; â Tretaet. Mrç ati y* • où yàp aÇiov. 'AXA', ù filfj p-Oi fj.YjTsp, vj^iffTïjv xépa. Aoç, xat 7Tapstàv Trpou^KÀi Xv iza.pt]iSi.... TeXoç os'^et Si] twv èfxôiv irpo'jfôsy/j.cx.rojv.

« Ma mère, crois-moi.... Malheureuse, ne lutte pas contre ceux qui sont les

IPHIGÉNIE

IPHIGENIE.

Ah ! Madame.

Sous quel astre cruel avez-vous mis au jour Le malheureux objet d'une si tendre amour? 1640 Mais que pouvez-vous faire en l'état où nous sommes ? Vous avez à combattre et les Dieux et les hommes. Contre un peuple en fureur vous exposerez-vous ? N'allez point, dans un camp rebelle à votre époux, Seule à me retenir vainement obstinée , 1645 Par des soldats peut-être indignement traînée , Présenter , pour tout fruit d'un déplorable effort , Un spectacle à mes yeux plus cruel que la mort. Allez : laissez aux Grecs achever leur ouvrage , Et quittez pour jamais un malheureux rivage. 1 6 5o

Du bûcher qui m'attend , trop voisin de ces lieux , La flamme de trop près viendroit frapper vos yeux. Surtout, si vous m'aimez, par cet amour de mère, Ne reprochez jamais mon trépas à mon père 1 .

CLYTEMNESTRE

Lui! par qui votre cœur à Galchas présenté 1 6 5 5

iphigéni^.

Pour me rendre a vos pleurs que n'a-t-il point tenté ?

CLYTEMNESTRE

Par quelle trahison le cruel m'a déçue !

IPHIGÉNIE

Il me cédoit aux Dieux , dont il m'avoit reçue. Ma mort n'emporte pas tout le fruit de vos feux :

maîtres. Veux-tu donc te jeter à terre, traîner ton corps affaibli par l'âge, et l'exposer à la violence des guerriers qui te repousseront outrageusement et dont le bras t'arrachera à ta fille ? Oui, voilà comme tu seras traitée. Ne le permets pas. Ce serait indigne de toi. O ma mère bien-aimée, donne-moi ta main; que

ta joue touche ma joue Reçois mes derniers adieux. » (Vers 400-411.)

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