ACTE V, SCÈNE III
THÉSÉE
Vous deviez le rendre moins volage : 1425 Gomment souffriez1 -vous cet horrible partage?
ARICfE.
Et comment souffrez-vous que d'horribles discours D'une si belle vie osent noircir le cours? Avez-vous de son cœur si peu de connoissance ? Discernez-vous si mal le crime et Y innocence r 1 4 3 o Faut-il qu'à vos yeux seuls un nuage odieux Dérobe sa vertu qui brille à tous les yeux? Ah ! c'est trop le livrer à des langues perfides. Cessez : repentez-vous de vos vœux homicides; Craignez, Seigneur, craignez que le ciel rigoureux 1435 Ne vous haïsse assez pour exaucer vos vœux. Souvent dans sa colère il reçoit nos victimes ; Ses présents sont souvent la peine de nos crimes.
THÉSÉE
Non, vous voulez en vain couvrir son attentat: Votre amour vous aveugle en faveur de l'ingrat. 1440 Mais j'en crois des témoins certains, irréprochables : J'ai vu, j'ai vu couler des larmes véritables.
ARICIE
Prenez garde, Seigneur. Vos invincibles mains
Ont de monstres sans nombre affranchi les humains ;
Mais tout n'est pas détruit, et vous en laissez vivre 144 5
Un.... Votre fils, Seigneur, me défend de poursuivre.
Instruite du respect qu'il veut vous conserver,
Je l'affligerois trop si j'osois achever.
J'imite sa pudeur, et fuis votre présence
Pour n'être pas forcée à rompre le silence. 1 45o
1. Dans l'édition de 1698 (Amsterdam) , l'imprimeur a substitué « souffrirez » à a souffriez. » Cette faute a passé dans l'édition de la Harpe.
J. Racine, iii
PHÈDRE