‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 308 sur 493 · Voyez YHistoire du Théâtre français, tome IV, p · texte numérisé non relu

Voyez YHistoire du Théâtre français, tome IV, p

4. 1 volume in-8°, de 32 pages seulement, à Rouen, chez Abraham Cousturier, rue de la Grosse-Horloge, devant les Cycoignes (sans date).

NOTICE

Toustain. Les cinq actes de sa tragédie, où les scènes ne sont pas distinguées les unes des autres, sont extrêmement courts. Rien de plus sec, de plus plat, de plus pauvre que cet ouvrage. Jusque-là le dix-septième siècle restait au-dessous du seizième dans ces pièces tirées de l'histoire d'Esther. Après la tragédie de Montchrestien on est étonné d'en trouver de si déplorables. Mais en 164^ on représenta une nouvelle Est/ier, où se marquent les grands progrès que les leçons de Rotrou et de Corneille avaient fait faire en peu d'années à notre théâtre pour la composition dramatique et pour le style poétique. Cette tragédie ftEsther, en cinq actes et en vers, est de Pierre du Ryer *. Elle est sagement conduite ; souvent les vers en sont fermes et d'une facture apprise à l'école de Corneille. Mais les beautés très-réelles d'un dialogue qui a parfois de la vigueur ne sont généralement pas celles que le sujet demandait avant tout. Il n'y a rien du charme si doux, de l'inspiration pieuse de Racine. Du Ryer a fidèlement suivi le Livre d'Esther \ mais, en dehors du récit biblique qu'il avait sous les yeux, il ne montre pas qu'il eût étudié les saintes écritures, surtout qu'il se fût, comme Racine, pénétré de leur esprit. Racine n'eut donc à puiser aucune inspiration chez celui de ses devanciers qui , par la proximité des temps et surtout par le talent, était le plus diene d'être quelquefois consulté par lui.

1. Elle fut imprimée eu 1644 sous ce titre : Esther, tragédie Je P. du Ryer. A Paris, chez Antoine de Sommaville et Augustin Courbé, M.DC.XXXXIV (in-40). L'Achevé d'imprimer pour la première fois est du 3o mars 1644. — On joua cette tragédie à Paris et à Rouen. L'abbé cVAubignac en parle ainsi au livre II de sa Pratique du théâtre, p. 63 et 64 (édition d'Amsterdam, 1726) : « Nous avons eu sur notre théâtre YEsther de M. du Ryer, ornée de divers événements, fortifiée de grandes passions, et composée avec beaucoup d'art; mais le succès en fut beaucoup moins heureux à Paris qu'à Rouen ; et quand les comédiens nous en dirent la nouvelle à leur retour, chacun s'en étonna sans en connoître la cause; mais pour moi, j'estime que la ville de Rouen étant presque toute dans le trafic, est remplie d'un grand nombre de Juifs, les uns connus , les autres secrets , et qu'ainsi les spectateurs prenoient plus de part clans les intérêts de cette pièce toute judaïque par la conformité de leurs mœurs et de leurs pensées. *>

J. Racine, ni 29

ESTHER

La seule idée même qu'à la rigueur et sans aucune certitude on pourrait croire avoir été suggérée à Racine par les anciennes tragédies Esther, celle de l'introduction des chants lyriques dans la pièce, était devenue étrangère aux habitudes de la scène au temps de du Ryer : il n'y a pas de chœur chez lui ; il a laissé à Racine l'honneur d'un retour aux formes de notre vieille tragédie, qui devait alors être regardé comme une innovation.

Plus près encore de notre Esther que la tragédie de du Ryer , on trouve sur le même sujet un poëme héroïque de Jean Desmarets, publié d'abord en 1670, réimprimé en 1673, sous le pseudonyme de Boisval 1. Ce poëme d' Esther , inachevé, au moins dans l'édition de 1670, a quatre chants. Les inventions romanesques mêlées par Desmarets à l'histoire qu'il avait empruntée aux livres saints, le plan très-peu raisonnable, l'absence de toute poésie, le mauvais style nous auraient dispensé de parler ici de son poème, si nous ne nous étions proposé de montrer combien de poètes avant Racine avaient eu l'ambition de traiter le beau sujet dont il a seul tiré une œuvre immortelle.

1. Esther , poème héroïque, composé et dédié au Roy par le sieur de Boisval. A Paris, chez Pierre le Petit (in-40), M.DC.LXX. Le privilège est du 6 février 1670. Nous n'avons pas vu l'édition de 1673; elle est, dit-on, du format in-12, et contient sept chants au lieu de quatre. Desmarets avait-il achevé son poëme en y ajoutant trois chants nouveaux, ou avait-il seulement adopté une autre division des chants? L'œuvre est si faible qu'on peut se consoler de ne l'avoir pas lue tout entière, s'il y eut en effet une suite.

NOTICE

Avant l'impression à'Esther, qui se trouve dans le recueil de 1697, et dont nous reproduisons le texte, on a deux éditions de cette tragédie, l'une in-40, l'autre in-12, publiées en 1689, et qui, comparées l'une avec l'autre, n'offrent que des variantes d'orthographe et de ponctuation, sans parler de quelques différences qui se remarquent dans l'impression du Privilège. Quoique l'édition in-12 n'ait probablement paru qu'après l'autre, on peut les considérer toutes deux comme ne formant qu'une édition originale. L'édition in-40 a pour titre :

ESTHER

TRAGEDIE

Tirée de F Écriture sainte.

A Paris, Chez Denys Thierry1....

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