LA MÊME ISRAÉLITE
Foibles agneaux livrés à des loups furieux 2, Nos soupirs sont nos seules armes.
TOUT LE CHOEUR
O mortelles alarmes !
UNE DES ISRAELITES S .
Arrachons, déchirons tous ces vains ornements
Qui parent notre tête. 3 1 o
UNE AUTRE
Revêtons-nous d'habillements
Conformes à l'horrible fête
Que l'impie Aman nous apprête 4 .
I. « Levavi oculos meos in montes, unde veniet auxiliummihi. » (Psaume cxx,
1. Cette image des loups dévorants, qui représentent les méchants, les persécuteurs, se trouve souvent dans les livres saints. Voyez Jérémie , v, 6; Ézéchiel, xxn, 27. Voyez aussi la tragédie d' Athalie, vers 642.
3. Tel est le texte des anciennes éditions. Dans celle de 1736 et dans la plupart des suivantes, on lit ici : ce une Israélite. »
4. « Cumque deposuisset (Esther) vestes regias, fletibus et luctui apta in- « dumenta suscepit. i> (Esther, xiv, 2.) — Dans l'impression à part des Chœurs cPEsther, les vers 3o()-3 1 3 sont prononcés par la même Israélite.
ESTHER
TOUT LE CHOEUR
Arrachons, déchirons tous ces vains ornements
Qui parent notre tête. 3 1 5
UNE ISRAÉLITE seule.
Quel carnage de toutes parts !
On égorge à la fois les enfants, les vieillards, Et la sœur et le frère, Et la fille et la mère, Le fils dans les bras de son père 1 . 320 Que de corps entassés ! que de membres épars, Privés de sépulture !
Grand Dieu ! tes saints sont la pâture Des tigres et des léopards2.
UNE DES PLUS JEUNES ISRAELITES
Hélas ! si jeune encore, 3 2 5
Par quel crime ai-je pu mériter mon malheur? Ma vie à peine a commencé d'éclore.
Je tomberai comme une fleur 3 Qui n'a vu qu'une aurore.
Hélas ! si jeune encore, 3 3 o
Par quel crime ai-je pu mériter mon malheur?
UNE AUTRE
Des offenses d'autrui malheureuses victimes, Que nous servent, hélas! ces regrets superflus? Nos pères ont péché, nos pères ne sont plus,
Et nous portons la peine de leurs crimes. 3 3 5
1. Nous avons ici suivi le texte de 1689. L'édition de 1697 porte : « dans le bras de son père. »
2 . On a donné les corps' de ton peuple en pâture Aux oiseaux carnassiers qui volent par les cieux; Les lions et les loups de farouche nature
Ont fait de leurs boyaux leurs mets délicieux.
(Montchrestien, Jman, acte III.)