ACTE II, SCÈ;NE III
Il veut que je vous voie, et vous ne voulez pas1. 5 5o
ANTIGONE
Oui, mon frère, il n'est pas comme vous inflexible : Aux larmes de sa mère il a paru sensible 2 ; Nos pleurs ont désarmé sa colère aujourd'hui. Vous l'appelez cruel, vous Têtes plus que lui*.
HÉMON
Seigneur, rien ne vous presse, et vous pouvez sans peine
Laisser agir encor la princesse et la Reine :
Accordez tout ce jour à leur pressant désir;
Voyons si leur dessein ne pourra réussir.
Ne donnez pas la joie au prince votre frère
De dire que sans vous la paix se pouvoit faire. 56 o
Vous aurez satisfait une mère, une sœur,
Et vous aurez surtout satisfait votre honneur.
Mais que veut ce soldat? Son âme est toute émue* !
1. La Harpe blâme ici, comme trop familière, l'ellipse : « et vous ne voulez pas. » Dans Phèdre cependant (vers 820) il loue le vers :
. . . . Je te l'ai prédit, et tu n'as pas voulu.
Il est vrai que dans ce dernier vers l'ellipse est plus forte encore et plus hardie, et, par cette raison, plus poétique.