ACTE I, SCENE III
Il en fait trop paraître 4 . 265 Cet esclave déjà m'ose vanter son maître; Il veut que je le serve
AXIANE
Ah ! sans vous emporter.
Souffrez que mes efforts tâchent de l'arrêter : Ses soupirs, malgré moi, m'assurent qu'il m'adore. Quoi qu'il en soit, souffrez que je lui parle encore; 270 Et ne le forçons point, par ce cruel mépris, D'achever un dessein qu'il peut n'avoir pas pris.
PORXJS.
Hé quoi? vous en doutez? et votre âme s'assure
Sur la foi d'un amant infidèle et parjure,
Qui veut à son tyran vous livrer aujourd'hui, 275
Et croit, en vous donnant, vous ohtenir de lui?
Hé bien ! aidez-le donc à vous trahir vous-même 2 .
Il vous peut arracher à mon amour extrême;
Mais il ne peut m'ôter, par ses efforts jaloux,
La gloire de combattre et de mourir pour vous. 280
AXIANE
Et vous croyez qu'après une telle insolence
Mon amitié, Seigneur, seroit sa récompense?
Vous crovez que mon cœur s'engageant sous sa loi,
Je souscrirois au don qu'on lui feroit de moi?
Pouvez-vous, sans rougir, m'accuser d'un tel crime? 285
Ai-je fait pour ce prince éclater tant d'estime?
Entre Taxile et vous s'il falloit prononcer,
Seigneur, le croyez-vous, qu'on me vît balancer?
Sais-je pas que Taxile est une âme incertaine,
Que l'amour le retient quand la crainte l'entraîne? 290
1. Voyez ci-dessus la note du vers i65, et ci-après les veis554 etf)8i. Ici c'est l'édition de 1687 qui seule donne paroistre.
2. Far. Hé bien! Madame, aidez-le à vous trahir vous-même. (1666)
Sais-je pas que sans moi sa timide valeur
Succomberoit bientôt aux ruses de sa sœur?
Vous savez qu'Alexandre en fit sa prisonnière,
Et qu'enfin cette sœur retourna vers son frère;
Mais je connus bientôt qu'elle avoit entrepris 295
De l'arrêter au piège où son cœur étoit pris.
PORUS
Et vous pouvez encor demeurer auprès d'elle ! Que n'abandonnez- vous cette sœur criminelle? Pourquoi par tant de soins voulez-vous épargner Un prince
AXIANE
C'est pour vous que je le veux gagner. 3 00 \'ous verrai-je, accablé du soin de nos provinces, Attaquer seul un roi vainqueur de tant de princes ? Je vous veux dans Taxile offrir un défenseur1 Qui combatte Alexandre en dépit de sa sœur. Que n'avez-vous pour moi cette ardeur empressée? 3o5 Mais d'un soin si commun votre àme est peu blessée : Pourvu que ce grand cœur périsse noblement, Ce qui suivra sa mort le touche foiblement. Vous me voulez livrer, sans secours, sans asile, Au courroux d'Alexandre, à l'amour de Taxile, 3io
Qui me traitant bientôt en superbe vainqueur, Pour prix de votre mort demandera mon cœur. Hé bien ! Seigneur, allez : contentez votre envie ; Combattez; oubliez le soin de votre vie; Oubliez que le ciel, favorable à vos vœux 2, 3 1 5
Vous préparoit peut-être un sort assez heureux.
1. Far. Mon cœur dans un rival vous cherche un défenseur. (1666 et 72)