ACTE III, SCENE II
Il faut donc, malgré toi, te traîner aux combats, 755
Et te forcer toi-même à sauver tes Etats ?
L'exemple de Porus, puisqu il faut qu'on t'y porte,
Dis-moi, n'étoit-ce pas une voix assez forte?
Ce héros en péril, ta maîtresse en danger,
Tout l'Etat périssant n'a pu t'encourager ! 7 60
Va, tu sers bien le maître à qui ta sœur te donne.
Achève, et fais de moi ce que sa haine ordonne.
Garde à tous les vaincus un traitement égal,
Enchaîne ta maîtresse en livrant ton rival1.
Aussi bien c'en est fait : sa disgrâce et ton crime 765
Ont placé dans mon cœur ce héros magnanime.
Je l'adore , et je veux avant la fin du jour
Déclarer à la fois ma haine et mon amour ;
Lui vouer à tes veux une amitié fidèle,
Et te jurer aux siens une haine immortelle. 770
Adieu : tu me connois. Aime-moi, si tu veux.
TAX1LE
Ah ! n'espérez de moi que de sincères vœux,
Madame ; n'attendez ni menaces ni chaînes :
Alexandre sait mieux ce qu'on doit à des reines.
Souffrez que sa douceur vous oblige à garder 775
Un trône que Porus devoit moins hasarder 2;
Et moi-même en aveugle on me verroit combattre
La sacrilège main qui le voudroit abattre.
AXIAXE.
Quoi? par l'un de vous deux mon sceptre raffermi Deviendroit dans mes mains le don d'un ennemi? 780 Et sur mon propre trône on me verroit placée Par le même tyran qui m'en auroit chassée?
Des reines et des rois vaincus par sa valeur
l.far. Enchaîne ta maîtresse avecque ton rival. (1666-87) i.yar. Un sceptre que Porus devoit moins hasarder. (1666-87)
j6o ALEXANDRE LE GRAND.
Ont laissé par ses soins adoucir leur malheur.
Voyez de Darius et la femme et la mère * : 78.)
L'une le traite en fils, l'autre le traite en frère.
AXIANE
Non, non, je ne sais point vendre mon amitié,
Caresser un tyran, et régner par pitié.
Penses-tu que j'imite une foible Persane?
Qu'à la cour d'Alexandre on retienne Axiane ? 790
Et qu'avec mon vainqueur courant tout l'univers,
J'aille vanter partout la douceur de ses fers?
S'il donne les Etats, qu'il te donne les nôtres;
Qu'il te pare, s'il veut, des dépouilles des autres.
Règne : Porus ni moi n'en serons point jaloux, 795
Et tu seras encor plus esclave que nous.
J'espère qu'Alexandre, amoureux de sa gloire,
Et fâché que ton crime ait souillé sa victoire,
S'en lavera bientôt par ton propre trépas.
Des traîtres comme toi font souvent des ingrats ; 800
Et de quelques faveurs que sa main t'éblouisse.
Du perfide Bessus regarde le supplice2.
Adieu.