ACTE IV, SCÈNE III
Que mes rigueurs ne font qu'affermir ton amour. On fait plus, et Ton veut que je t'aime à mou tour Mais sais-tu l'entreprise où s'engage ta flamme? Ufiï Sais-tu par quels secrets on peut toucher mon âme ? Es-tu prêt...?
TAXILE
Ah ! Madame , éprouvez seulement Ce que peut sur mon cœur un espoir si charmant. Que faut-il faire?
AXIANE
Il faut, s'il est vrai que Ion m'aime, Aimer la gloire autant que je l'aime moi-même, r 1 7 «> Ne m' expliquer ses vœux que par mille beaux faits, Et haïr Alexandre autant que je le hais; Il faut marcher sans crainte au milieu des alarmes; Il faut combattre, vaincre, ou périr sous les armes Jette, jette les yeux sur Porus et sur toi, 1 1 7 5
Et juge qui des deux étoit digne de moi. Oui, Taxile, mon cœur, douteux en apparence, D'un esclave et d'un roi faisoit la différence *. Je l'aimai, je l'adore ; et puisqu'un sort jaloux Lui défend de jouir d'un spectacle si doux, 1 r 80
C'est loi que je choisis pour témoin de sa gloire : Mes pleurs feront toujours revivre sa mémoire; Toujours tu me verras, au fort de mon ennui, Mettre tout mon plaisir à te parler de lui.
TAXILE
Ainsi je brûle en vain pour une àme glacée? 1 1 85
L'image de Porus n'en peut être effacée2.
r. Var. D'un lâche et d'un héros faisoit la différence, (ifiriri) 2. Après ce \eis, comme après le vers 11S8, les éditions de i66'> et de 1672 ont un point d'interrogation. Celles de it>-(i et de 1687 en ont seulement un après le vers 1188; relie de 1697, que nous Buivons, n'en a ni après l'un ni après l'autre.
J Racine. 1 >7
Quand j'irois, pour vous plaire, affronter le trépas, Je me perdrois, Madame, et ne vous plairois pas. Je ne puis donc
AXIANE
Tu peux recouvrer mon estime :
Dans le sang ennemi tu peux laver ton crime. 1190
L'occasion te rit : Porus dans le tombeau Rassemble ses soldats autour de son drapeau; Son ombre seule encor semble arrêter leur fuite. Les tiens même, les tiens, honteux de ta conduite, Font lire sur leurs fronts justement courroucés 1 1 9 s
Le repentir du crime où tu les as forcés. Va seconder l'ardeur du feu qui les dévore; Venge nos libertés qui respirent encore ; De mon trône et du tien deviens le défenseur; Cours, et donne à Porus un digne successeur. noo
Tu ne me réponds rien. Je vois sur ton visage Qu'un si noble dessein étonne ton courage. Je te propose en vain l'exemple d'un héros: Tu veux servir. Va, sers, et me laisse en repos1.
TAXI LE
Madame, c'en est trop. Vous oubliez peut-être2 iao5 Que si vous m'y forcez, je puis parler en maître, Que je puis me lasser de souffrir vos dédains, Que vous et vos Etats, tout est entre mes mains; Qu'après tant de respects, qui vous rendent plus fière, Je pourrai —
1. Compare/, le vers 1002 de la Thébatde (ci-dessus, p. 453):
Qu'il parle, qu'il s'explique, et nous laisse en repos.
a. Far. tax.. Hé bien! n'en p, nions plus. Les soupirs et les larme (outre tant de mépris sont d'impuissantes ;nines; Mais c'est user, Madame, avec trop de rigueur Du pouvoir que vos yeux vous donnent sur mon cœur. Tout ainant que je suis, vous oubliez peut-être. (1666 et 72)