Ibidem, 3 septembre
>. Lettre à Boileau, i\ août ifi8~.
i5o NOTICE BIOGRAPHIQUE
que Louis XIV goûtait extrêmement sa conversation. Mme de Maintenon avait tout l'esprit qu'il fallait pour n'y être pas non plus insensible. Souvent, raconte Saint-Simon, lorsque le Roi n'avait pas ses ministres chez Mme de Maintenon, et que le temps leur semblait long à tous deux, ils envoyaient chercher Racine pour être amusés par son entretien1. C'est ainsi qu'à Chantilly ce même entretien avait longtemps charmé le grand Condé, et plus tard Monsieur le Duc, son petit-fils, qui avait souvent Racine à sa table, et tenait alors près de lui des tablettes , où il recueillait les plus piquantes paroles de son spirituel convive2.
Esther et Jthalie n'avaient pu qu'augmenter le goût que le Roi et Mme de Maintenon avaient pour Racine. On a cru quelquefois que les généreuses hardiesses d' Jthalie avaient déplu, et que les beaux vers où les dangers et les excès du pouvoir absolu étaient peints si énergiquement, en face du plus absolu des princes, avaient secrètement blessé Louis XIV; mais le mécontentement n'eût pas été si long à éclater. Ce temps des tragédies saintes paraît au contraire avoir été l'apogée de la fortune de Racine à la cour. Lorsqu'au mois de décembre 1690 le poëte, au moment où il achevait Jt/ialie, fut nommé gentilhomme ordinaire du Roi, le bruit public, comme les chansons du temps le constatent, fut qu'il recevait la récompense des deux pièces qu'il avait composées pour la maison de Saint- Louis. « Ta famille en est anoblie, » lui disaient ces chansons s; ce qui ne semble pas tout à fait exact, puisque cet anoblissement qui excitait l'envie, il y avait longtemps déjà, nous l'avons vu, que la charge de trésorier de France le lui avait conféré. Toutefois en le nommant un de ses gentilshommes, le Roi lui donnait un incontestable témoignage de faveur. Saint-Simon , qui suppose qu'avant cette époque Port-Royal avait déjà commencé à altérer cette faveur, dit que Racine « se raccrocha d (c'est son expression) par les pièces composées pour Saint-Cyr. C'est que rien n'était mieux fait pour lui mériter les bonnes grâces de la fondatrice de cette maison. Dans la