‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 187 sur 306 · Le 19 mai · texte numérisé non relu

Le 19 mai

Ce fut alors ^ que les Religieuses de ce monastère renouvelèrent leurs instances, et demandèrent à relever un institut qui étoit abandonné, et qu'il semhloit que Dieu même eût voulu leur réserver. Henry Arnauld, abbé de Saint-Nicolas, depuis évêque d'Angers", étoit alors à Rome pour les affaires du Roi : elles s'adressèrent à lui, et le prièrent de s'entremettre pour elles auprès du Pape, qui leur accorda volontiers par un bref le changement qu'elles demandoient. Mais l'affaire souffrit à Paris de grandes difficultés, à cause de quelques intérêts temporels qu'il falloit accommoder. Enfin le Parlement ayant terminé ces difficultés, le Roi donna ses lettres, et Tarchevêque de Paris son consentement. Elles se dévouèrent donc avec une joie incroyable à l'adoration perpétuelle du mystère auguste de l'Eucharistie, et prirent le nom de filles du Saint-Sacrement; mais elles ne quittèrent pas l'habit de Saint-Bernard : elles changèrent seulement leur scapulaire noir en un scapulaire blanc, où il y avoit une croix d'écarlate attachée par devant, pour

1. Cela pourrait faire supposer que les Religieuses demandèrent à relever l'Institut dès i638, époque où se retirèrent les filles du Saint-Sacrement. On va voir cependant qu'elles ne firent solliciter le pape Innocent X à ce sujet qu'au temps où Henri Arnauld était à Rome , et qu'elles ne prirent le nom de filles du Saint-Sacrement qu'en 1647. Ce fut cette année-là seulement que le Pape accorda la réunion de l'institut du Saint-Sacrement à la maison de Port-Royal. La permission fut donnée par une supplique répondue, et non, comme il est dit plus bas, par un bref.

2. Henri Arnauld, frère de la Mère Angélique. On l'appelait dans sa jeunesse M. de Trie (vovez la note i de la page 394)- H devint, en 1624, abbé de Saint-Nicolas d'Angers. Il refusa l'évêcbé de Toul, après avoir été élu en 1687 par le chapitre de cette ville. En 1645, l'abbé de Saint-Nicolas fut envoyé à Rome en qualité de chargé des affaires de France; ce fut l'année suivante qu'il s'entremit pour les Religieuses de Port-Royal. Il fut fait évêque d'Angers en 1649, ^^ sacré à Port-Royal le 29 juin i65o. Il mourut le 8 juin 1693, à l'âge de quatre-vingt-quinze ans.

4ao ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE

désigner par ces deux couleurs le pain et le vin, qui sont les voiles sous lesquels Jésus-Christ est caché dans ce -mystère. M. du Saussay*, leur supérieur, alors officiai de Paris, et depuis évêque de Toul, célébra cette cérémonie (en 1647") avec ^^ grand concours de peuple. Uannée suivante, M. de Gondy bénit leur église, dont le bâtiment ne faisoit que d'être achevé, et la dédia aussi sous le nom du Samt-Sacrement.

Pendant cet état florissant de la maison de Paris, les Religieuses n'avoient pas perdu le souvenir de leur monastère des champs. On n'y avoit laissé qu'un chapelain, pour y dire la messe et y administrer les sacrements aux domestiques. Bientôt après, M. le Maître^, neveu de la Mère Angélique \ ayant à l'âge de vingt-neuf ans renoncé au barreau et à tous les avantages que sa grande éloquence lui pouvoit procurer, s'étoit retiré dans ce désert pour y achever sa vie dans le silence et dans la retraite. Il y fut suivi par un de ses frères , qui avoit été jusqu'alors dans la profession des armes ^. Quelque temps après, M. de Sacy *, son autre frère, si célèbre par les livres de

1. André du Saussay, curé de la paroisse Saint-Leu , à Paris. L'archevêque de Paris, M. de Gondi, le nomma son grand -vicaire, et ensuite officiai. Il fut promu <n l'archevêché de Toul en i(> {7, l'année même dont Racine parle ici; mais il ne prit possession de ce siège qu'en 165". Il mourut eu i6-5.

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