I. Le 19 novembre
J. Racike. IV 3 a
de cette même année, eut ordre de remettre sur le tapis l'affaire du jansénisme. Aussitôt tous les prélats de dehors furent mandés pour y travailler, et entre autres Tarclievéque de Toulouse, qui n étoit point de cette assemblée, mais qui y vmt plaider avec beaucoup de chaleur la cause de son formulaire. Il fit surtout de grandes plaintes d'un écrit qu'on avoit fait contre ce formulaire, dont on avoit renversé tous les principes par les propres principes que Monsieur de Toulouse avoit autrefois enseignés dans ses livres. Cet écrit ^ étoitdu même M. de Launov dont nous avons déjà parlé, qui ne prenoit, comme j'ai dit, aucun intérêt à la doctrine de saint Augustin, mais qui, par la même raison qu'il n'avoit pu souffrir de voir renversés par la censure de Sorbonne tous les privilèges de la Faculté, n'avoit pu digérer aussi de voir toutes les libertés de l'Eglise gallicane et toute l'ancienne doctrine de la France renversées par le Formulaire du clergé.
Celui qui présidoit à l'assemblée de 1660 étoit M. de Harlay, archevêque de Rouen. On peut juger qu'il ne négligea pas cette grande occasion de se signaler. Il eut plusieurs prises avec les plus illustres députés du premier et du second ordre, qui lui sembloient trop favorables aux jansénistes, fit sonner fort haut dans tous ces avis la volonté du Roi et les intentions de M. le cardinal Mazarin. Tout cela n'empêcha pas Monsieur l'évêque de Laon, depuis cardinal d'Estrées, M. de Bassompieire , évêquc de Xaintes, et d'autres évêques des plus considérables, de s'élevpr avec beaucoup de fermeté contre le nouveau joug qu'on vouloit imposer aux fidèles, en leur prescrivant la même créance pour les faits non révélés que pour les dogmes. La brigue contraire l'emporta néanmoins sur toutes leurs raisons; et le plus grand nombre fut, à l'or-
T. Il avait pour titre : Observations sur le Formulaire.
dinaire, de l'avis du président, c'est-à-dire de l'avis de la cour. On enchérit encore sur les résolutions des dernières assemblées. On ordonna de nouvelles peines contre ceux qui refuseroient de se soumettre; on comprit dans le nombre de ceux qui seroient obligés de signer le Formulaire, non-seulement les Religieuses, mais même les régents et les maîtres d'école : chose jusqu'alors inouïe dans l'Église catholique, et qui n'avoit été pratiquée que par les protestants d'Allemagne.
Le cardinal Mazarin mourut quinze jours après ces délibérations ' . Les défenseurs de Jansénius s'étoient d'abord flattés que cette mort apporteroit quelque changement favorable à leurs affaires ; mais lorsqu'ils virent de quelles personnes le Roi avoit composé son conseil de conscience, et que c'étoit M. de Marca et le P. Annat qui y avoient la principale autorité, ils jugèrent bien qu'ils ne dévoient plus mettre leur confiance qu'en Dieu seul, et que toutes les autres voies pour faire connoître leur innocence leur étoient fermées.