‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 235 sur 306 · Dans l'édition de 1767 : e Comme ils voyoient · texte numérisé non relu

Dans l'édition de 1767 : e Comme ils voyoient

les frivoles raisons sur lesquelles M. de Marca avoit voulu foncier ce nouveau dogme, ils crurent que tout le mal venoit de ce que ce prélat biaisoit trop, et ne parloit pas assez, nettement. Pour y remédier, ils firent soutenir publiquement, dans leur collège de Clermont, une thèse ' où ils avancèrent en propres termes cette proposition : « Que Jésus-Christ, en montant au ciel, avoit donné à saint Pierre et à ses successeurs la même infaillibilité et dans le fait et dans le droit qu'il avoit lui-même. » D'où ils concluoient très-naturellement « que le Pape ayant décidé que les cinq Propositions étoient dans Jansénius, on ne pouvoit nier sans hérésie qu'elles n'y fussent. » C'est ainsi que ces Pères, dans la passion de rendre hérétiques leurs adversaires, se rendoient eux-mêmes coupables d'une très-dangereuse hérésie, et non-seulement d'une hérésie, mais d'une impiété manifeste, en égalant à Dieu la créature, et voulant qu'on rendît à la simple parole d'un homme mortel le même culte qu'on doit rendre à la parole éternelle. Mais ils n'étoient pas moins criminels envers le Roi et envers l'Etat par les avantages que

I. Ce fut le 12 décembre 1661 que ceUe thèse parut sous le titre à^ Assertion catholique de rincarnation contre les principales hérésies de tous les siècles. Chaque position de cette thèse répondait à chacun des seize siècles qui se sont écoulés depuis la naissance de Jésus- Christ. La dernière, dont il s'agit ici, était conçue en ces termes : 8 Ce fut en ce siècle que le schisme de Photius, se fortifiant, sépara les Grecs du chef de l'Eglise. Pour nous, nous reconnoissons que Jésus-Christ en est tellement le chef, qu'il en a laissé le gouvernement, premièrement à saint Pierre, et puis à ses successeurs, et qu'il leur a accordé, toutes les fois qu'ils parleraient, la même infaillibilité qu'il avoit lui-même. Il y a donc en l'Église romaine un juge infaillible des controverses de la foi , même hors le concile général, tant dans les questions de droit que de fiiit : c'est pourquoi, depuis les Constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII, on peut croire de foi divine que le livre qui a pour titre P Augustin de Jansénius est hérétique, et que les cinq Propositions tirées de ce livre sont de Jansénius, et condamnées en ce sens. » {Note de Pédition de 1807.) J. Racine, iv 34

53o ABRÉGÉ DE L'HISTOIRE

la coui' de Rome pouvoit tirer de cette thèse, plus préjudiciable à la souveraineté des rois que toutes^ les opinions des Mariana et des Santarels, tant condamnées par le clergé de France, par le Parlement et par la Sorbonne. Aussi excita-t-elle un fort grand scandale. Voici ce que le célèbre M. Godeau, évoque de Vence, en écrivoit à un de ses amis : « Où est l'ancienne Sorbonne, qui a foudroyé par avance cette proposition? Où sont les Servins, les Marions et les Harlais^? Où sont les évêques de l'assemblée de Melun^ ? Où est enfin notre honneur et notre conscience de nous taire quand il y a un si grand sujet de parler? Qu'il est fâcheux de vivre en un si mauvais temps! Et à quoi, mon Dieu, nous réservez-vous? Mais espérons en celui qui mortifie et qui vivifie : il laisse aujourd'hui prévaloir les ténèbres ; mais il saura en tirer la lumière. »

Cependant, le pourra- t-on croire? les évêques, la Sorbonne et le Parlement gardèrent sur cette thèse un profond silence; les jansénistes seuls se remuèrent, et il n'y eut que ces prétendus ennemis de l'Eglise et de l'Etat qui, joints aux curés de Paris, eurent assez de courage pour défendre alors l'État et l'Eglise. Ils dénoncèrent la thèse à tous les évêques; ils s'adressèrent au Parlement même, et découvrirent, par un excellent écrit*, les con-

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