‹ Œuvres;Chapitre 11 sur 422 · I. Voyez, au tome I, la Notice biographique, p · texte numérisé non relu

I. Voyez, au tome I, la Notice biographique, p

ANDROMAQUE

encore à l'Hôtel de Bourgogne, fut chargé de représenter le même personnage. Sa noble figure, sa belle taille, la dignité de son geste le rendaient très-propre à ces rôles de rois. Il reprit celui de Pyrrhus en 1720, lorsqu'il reparut sur la scène, dont il s'était tenu éloigné vingt-neuf ans.

Au dix-huitième siècle, l'art du tragédien fut porté très-haut. On y eut généralement l'opinion, difficile, il est vrai, à contrôler, que les plus fameux acteurs du siècle précédent étaient fort dépassés, surtout que la déclamation s'était beaucoup rapprochée de la nature et de la vérité. Baron appartient aux deux âges. Le rôle de Pyrrhus, qui, nous venons de le voir, avait été si longtemps en bonnes mains, fut aussi un des meilleurs de Quinault-Dufresne, qui brilla sur le théâ tre français de 1 7 1 2 à 1741 ' « acteur plus éblouissant que profond, dit Mlle Clairon dans ses Mémoires'^, noble, mais jamais terrible; plein de chaleur, mais sans ordre, sans principes, » et qui devait à son bel et imposant extérieur une grande part de ses succès. Parmi les plus touchantes Andromaques on cite Mlle Gaussin [Andromaque fut un de ses rôles de début en 1731^), et, beaucoup plus tard qu'elle, dans les dernières années du siècle, Mlle des Garcins, qui la rappelait, avec moins de beauté, mais presque son égale par la sensibilité touchante, la douceur charmante de la voix et le même don de faire couler les larmes.

Mais de tous les rôles de la tragédie ^ Andromaque ^ ceux que les acteurs du dix-huitième siècle jouèrent avec le plus d'éclat, furent ceux d'Hermione et d'Oreste. Les belles Hermiones sont nombreuses en ce temps. Mlle Lecouvreur, qui avait débuté à la Comédie française en 17 17, est la première en date, et peut-être la plus parfaite. Nous disons la première en date ; car nous ne croyons pas que la Duclos, qui l'avait précédée au théâtre, et qui, dès 1696, avait doublé la Champmeslé dans ses grands rôles, ait particulièrement brillé dans celui d'Hermione. Louis XIV, à ce qu'on rapporte, avait dit que pour remplir parfaitement le rôle d'Hermione, il eût fallu que la

1. Mémoires d^Hippolyte Clairon (i vol. in-S^, à Paris, chez F. Buisson, an vu), p. 34.

2. Elle joua aussi plus tard le rôle d'Hermione, qui convenait peutêtre moins au caractère de son talent.

NOTICE

des OEiilets jouât les deux premiers actes, et la Champmeslé les autres ; car l'une jouait plus finement, l'autre a^ec plus de passion. Cet idéal que rêvait le grand roi paraît s'être réalisé dans Adrienne Lecouvreur. « Elle a réuni à elle seule, et au plus haut degré de perfection, disent les auteurs de VHistoire du Théâtre francois les talents de la des OEiilets et de la Champmeslé. »

Ce fut par le rôle d'Hermione que débuta avec le plus grand succès, devant le roi Louis XV, à Fontainebleau, le 7 novembre 1724, Mlle Deseine, qui devint plus tard Mme Quinault- Dufresne. Elle y avait montré tant d'intelligence et d'âme, que dès le 16 du même mois on eut ordre à la comédie de la recevoir; et lorsque le 5 janvier 1725 elle parut dans le même rôle sur la scène de Paris, elle était vêtue d'un costume magnifique dont le Roi lui avait fait présent, et qui était, dit-on, du prix de huit mille livres.

Le théâtre l'avait déjà perdue quand vinrent y conquérir une grande célébrité, l'une en 1737, l'autre en 1743, deux tragédiennes qui furent longtemps rivales, Mlle Dumesnil et Mlle Clairon. Le rôle d'Hermione fut un de ceux où s'engagea la lutte de leurs talents très-différents. « Mlle Dumesnil, a dit Mlle Clairon ^, qui naturellement n'était pas disposée à trop d'indulgence pour elle , Mlle Dumesnil n'était ni belle ni jolie , sa physionomie, sa taille n'offraient aux yeux qu'une bourgeoise sans grâce, sans élégance...; mais elle était pleine de chaleur et de pathétique. » La Harpe ^ nous donne à peu près la même idée de Mlle Dumesnil : « Cette actrice a fait voir ce que peut le pathétique.... Elle n'a jamais eu ni voix, ni figure, ni noblesse; elle laissait tomber de très-beaux détails dans tous ses rôles ; mais, dans les mouvements de l'âme, elle avait une énergie et une vérité qui enlevaient les suffrages. » Clairon n'avait pas les inspirations enflammées, les terribles éclairs de passion, le débit rapide et foudroyant, qui, dans les plus éner-

1 . Dans leur article sur la Champmeslé , qu'on trouvera au tome XIV, p. Sia-SaS.

Page 1