‹ Œuvres;Chapitre 212 sur 422 · NÉRON, JUNIE · texte numérisé non relu

NÉRON, JUNIE

NÉRON

Vous vous troublez. Madame, et changez de visage. Lisez-vous dans mes yeux quelque triste présage ?

JUNIE

Seigneur, je ne vous puis déguiser mon erreur i J'allois voir Octavie, et non pas l'Empereur. 5 3o

NÉRON

Je le sais bien. Madame, et n'ai pu sans envie Apprendre vos bontés pour l'heureuse Octavie.

BRITANNICUS

JUNIE

Vous, Seigneur?

NÉRON

Pensez-Yous, Madame, qu'en ces lieux Seule pour vous connoître Octavie ait des yeux?

JUNIE

Et quel autre, Seigneur, voulez-vous que j'implore? 5 35

A qui demanderai-je un crime que j'ignore ?

Vous qui le punissez, vous ne l'ignorez pas.

De grâce, appreuez-moi, Seigneur, mes attentats. ^

NÉRON

Quoi? Madame, est-ce donc une légère offense

De m'avoir si longtemps caché votre présence? 540

Ces trésors dont le ciel voulut vous embellir,

Les avez-vous reçus pour les ensevelir ?

L'heureux Britannicus verra-t-il sans alarmes

Croître, loin de nos yeux, son amour et vos charmes ?

Pourquoi, de cette gloire exclus jusqu'à ce jour, 54 5

M' avez-vous, sans pitié, relégué dans ma cour?

On dit plus : vous souffrez sans en être offensée,

Qu'il vous ose, Madame, expliquer sa pensée.

Car je ne croirai point que sans me consulter

La sévère Junie ait voulu le flatter, 5 5o

Ni qu'elle ait consenti d'aimer et d'être aimée,

Sans que j'en sois instruit que par la renommée.

JUNIE

Je ne vous nîrai point, Seigneur, que ses soupirs

M'ont daigné quelquefois expliquer ses désirs.

Il n'a point détourné ses regards d'une fille 55 5

Seul reste du débris d'une illustre famille.

Peut-être il se souvient qu'en un temps plus heureux

Son père me nomma pour l'objet de ses vœux.

11 m'aime ; il obéit à l'Empereur son père.

Et j'ose dire encore à vous, à votre mère. 56o

Page 1