ACTE V, SCÈNE III
Ai-je pu rassurer mes esprits agités ?
Hélas ! à peine encor je conçois ce miracle.
Quand même à vos bontés je craindrois quelque obstacle,
Le changement, Madame, est commun à la cour;
Et toujours quelque crainte accompagne l'amour.
AGRIPPINE
Il suffit, j'ai parlé, tout a changé de face :
Mes soins à vos soupçons ne laissent point de place.
Je réponds d'une paix jurée entre mes mains : 1 5 8 5
Néron m'en a donné des gages trop certains.
Ah ! si vous aviez vu par combien de caresses
Il m'a renouvelé la foi de ses promesses !
Par quels embrassements il vient de m'arrêter !
Ses bras , dans nos adieux, ne pouvoient me quitter;
Sa facile bonté, sur son front répandue.
Jusqu'aux moindres secrets est d'abord descendue.
Il s'épanchoit en fils, qui vient en liberté
Dans le sein de sa mère oublier sa fierté.
Mais bientôt, reprenant un visage sévère, tSgS
Tel que d'un empereur qui consulte sa mère,
Sa confidence auguste a mis entre mes mains
Des secrets d'où dépend le destin des humains*.
Non , il le faut ici confesser à sa gloire ,
Son cœur n'enferme point une malice noire; i6oo
Et nos seuls ennemis , altérant sa bonté ,
Abusoient contre nous de sa facilité.
Mais enfin , à son tour, leur puissance décline ;
Rome encore une fois va connoître Agrippine :
Déjà de ma faveur on adore le bruit. i6o5
I . Tacite a fourni les principaux traits de cette entrevue avec Néron que raconte Agrippine. Chez l'historien, la scène se passe à un autre moment, lorsque Néron fait venir à Baies sa mère, dont il a déjà préparé la mort : « Pluribus sermonibus, modo familiarité juvenili Nero, et rursus adductus, « quasi séria consociaret, tracto in longum convictu , prosequitur abeuntem, « artius oculis et pectori hœrens. » [Annales, livre XIV, chapitre iv.)
BRITANNICUS
Cependant en ces lieux n'attendons pas ]a nuit. Passons chez Octavie, et donnons-lui le reste D'un jour autant heureux que je l'ai cru funeste. Mais qu'est-ce que j'entends? Quel tumulte confus ? Que peut-on faire?
JUNIE
O ciel , sauvez Britannicus î 1 6 1 o